Al-Zahrāwī, sultan des médecins

De son nom complet Abū l-Qāsim Khalaf ibn al-ʿAbbās, al-Zahrāwī  est l’un des plus éminents médecins de l’Histoire. Originaire de Madīnat al-Zahrāʾ en al-Andalus, non loin de Cordoue, il démarre sa vie vers (940) tandis que le sultan arabo-basque ʿAbd al-Raḥmān III al-Nāṣir vient de faire de Cordoue la capitale d’un califat en passe de devenir le plus riche et plus puissant Etat d’Europe. Etudiant en médecine, il devient très tôt un enseignant et auteur en la matière des plus fameux. Mais s’il entre dans la légende, c’est alors surtout pour son al-Taṣrīf li-man ʿajiza ʿan al-taʾlīf, énorme manuel médical fait de 30 volumes, dont le premier, sur les principes généraux, le second, sur les symptômes et les traitements de 325 maladies présentées dans l’ordre de la tête au pied, et le 30e, sur la chirurgie, forment presque la moitié de l’ouvrage. De la saignée à l’extraction de flèches, du régime alimentaire pour enfant au traitement des rhumatismes, traitant de pharmacologie, de remèdes et autres drogues de substitution, tout y passe et avec une concision encore rarement vue. Il est encore question de pharmacologie, de remèdes et autres drogues de substitution. Y présentant ses propres expériences et certains cas cliniques, il y propose encore un nombre conséquent d’innovations technologiques. Allant du couteau dissimulé permettant d’ouvrir les abcès afin d’éviter d’effrayer le patient, les forceps à utiliser en obstétrique, de nouveaux types de spéculums ou dilatateurs, et un instrument ressemblant à des ciseaux servant aux amygdalectomies; al-Zahrāwī assortit même le tout de dessins servant à illustrer son propos. Il est alors le premier, dans l’Histoire connue, à offrir au public un ouvrage de médecine imagé. S’il n’a pas toujours obtenu les mérites de ses inventions et avancées, al-Zahrāwī est pourtant derrière bien des pratiques et connaissances promue par la médecine moderne. Premier à présenter la méthode que l’on appelle aujourd’hui “Kocher” pour le traitement de l’épaule disloquée, il est le premier à avoir initié la position “Walcher” en obstétrique, le premier à présenter des appareils dentaires, le premier à avoir décrit la grossesse extra-utérine et ses conséquences mortelles et encore le premier à avoir décrit la nature héréditaire de l’hémophilie. En outre, il avait déjà décrit comment ligaturer des vaisseaux sanguins bien avant qu’Ambroise Paré ne popularise la méthode. Si son Taṣrīf est le seul ouvrage encore disponible aujourd’hui de notre homme, l’on sait d’autres auteurs d’époque qu’il en avait écrit bien d’autres. Il avait alors enseigné et pratiqué la médecine et la chirurgie jusqu’à sa mort, autour de l’an 400H (1010), peu avant que la ville de al-Zahrāʾ soit pillée lors de la guerre civile qui avait éclaté au sein du califat et allait mener à sa destruction. Devenu un must-have en al-Andalus et bientôt dans tout le monde arabo-musulman, le Taṣrīf connaît une première vie en Europe chrétienne par le biais de Gérard de Crémone, plus célèbre des traducteurs médiévaux de l’arabe au latin, moins de deux siècles plus tard. L’oeuvre allait très largement influencer la littérature médicale européenne sur la chirurgie. Au milieu du 13e siècle chrétien, une traduction en hébreu est réalisée et l’on imprime une large partie de son ouvrage au 15e siècle à Venise. En latin, al-Zahrāwī est alors connu sous le nom d’Albucasis ou d’Alsaharavius. Les Ottomans se réapproprient ses travaux dès le 15e siècle à la demande du sultan Meḥmed II. Selon ses contemporains, al-Zahrāwī était une personne de distinction, de religion et de savoir et de nombreux érudits, dont Ibn Ḥazm, feront de répétées éloges à son égard. “(On) prétend que ce Médecin Arabe a écrit avec beaucoup de clarté, de précision et de netteté. Tout le monde en convient. Il paraît exceller dans la partie diagnostique et dans la description des symptômes des maladies ; on doit même avouer que sa façon d’écrire est fort méthodique, et que, pour cette raison, il mérite qu’on fasse cas de ses ouvrages (…) Il a fait preuve de la plus grande probité dans l’exercice de sa profession (…) Il conseille de ne jamais entreprendre, par avidité de gain, la cure d’un mal que l’on est incapable de traiter et dont la cause nous est inconnue” disait à son sujet, au siècle – européen – des Lumières, Nicolas François Joseph Éloy, l’auteur d’un Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne publié en 1192H (1778). 

Renaud K.

Pour en savoir plus :

  • Danielle Jacquart et Françoise Micheau, La Médecine arabe et l’Occident     médiéval, Paris, 1990 ; repr. 1996 
  • Abulcasis, La chirurgie d’Abulcasis, trad. de l’arabe par Lucien Leclerc,     Paris, 1861
  • Emilie     Savage-Smith, “al-Zahrāwī”, in: Encyclopaedia of Islam, Second     Edition

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