Tahāfut al-Falāsifa

Tahāfut al-Falāsifa – L’incohérence des philosophes – est l’un des plus célèbres ouvrages du théologien et soufi Abū Ḥāmid al-Ghazālī. Publié en 486H (1093), il s’agit alors d’une critique de la philosophie, plus particulièrement d’une réfutation de la pensée professée par Ibn Sīnā (Avicenne) et al-Fārābī, deux des plus grands philosophes du monde musulman d’époque. Réclusant les avis émanés – sur fond de néoplatonisme – de ces derniers sur des points de dogme, Abū Ḥāmid al-Ghazālī avait avant la rédaction de cette oeuvre étudié de nombreuses années la pensée grecque et déjà publié des ouvrages précédents en ce sens. Asharite et profondément inspiré par le théologie – spéculative – de son mentor, al-Juwāynī, al-Ghazālī n’écrit cependant pas son oeuvre en adversaire inconditionnel de la philosophie; il use d’outils propres à celle-ci ailleurs et en adopte certaines conclusions. Sa cible est plus précisément ce que l’on pourrait nommer la métaphysique et ses dérives, ou en somme, tout ce qui dans la philosophie pourrait entrer en contradiction apparente avec le credo musulman. Tahāfut al-Falāsifa est alors organisé en 20 chapitres dans lesquels l’auteur tente de réfuter les doctrines des philosophes et philosophants; 17 d’entre eux sont alors concentrés sur les idées défendues – entre autres – par Ibn Sīnā plus tôt. La pré-éternité et post-éternité du monde, la négation des attributs divins, le matérialisme, le fait de cieux ayant une âme, le non-anéantissement de l’âme humaine, le déni de la résurrection corporelle et des plaisirs du Paradis comme des douleurs de l’Enfer; les idées qu’il aime à réfuter sont alors nombreuses. Sachant habilement conjuguer l’orthodoxie islamique et un certain rationalisme, il démontre avec cette oeuvre comment il est finalement aisé de parvenir à la certitude en matière de foi sans qu’il soit nécessaire de s’éloigner des concepts offerts par la Tradition, ceci que ce soit par lecture des Textes, la connaissance intuitive ou l’observation de la création. Dynamitant ce qu’on nomme alors en arabe la Falāsifa, il impose longtemps durant le silence aux philosophes. Du moins en Orient. Dans l’Ouest musulman, l’érudit Ibn Rushd allait proposer moins d’un siècle plus tard une réfutation de l’oeuvre de Ghazālī : Tahāfut al-Tahāfut, ou L’incohérence de l’incohérence. En al-Andalus et ailleurs, la philosophie arabe allait en effet perdurer, mais sans plus jamais retrouver son éclat d’avant. Il y a bel et bien eu, un avant et un après al-Tahāfut al-Falāsifa. L’œuvre d’al-Ghazālī avait en tout cas inspiré tout un monde, jusqu’en Occident où elle sera aussi vite traduite; certains des plus grands érudits juifs en feront aussi un must-have, ainsi de Judah – Abū l-Ḥasan – ibn Samuel Halevi, grand théoricien de la pensée juive médiévale.

Renaud K.

Pour en savoir plus : 

  • Henri Corbin, Histoire de la philosophie islamique, Paris, Gallimard, 1999, 546 pages.
  • Abu Hamid Al-Ghazali – Sur les traces d’un penseur hors du commun, Lyess Chacal, al Bouraq, 2018
  • Al-Ghazali, Renaud K., in Sarrazins N°6, 2020

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