Al-Shāṭibī, le rénovateur

Abū Isḥāq Ibrāhīm Ibn Mūsā Muḥammad al-Lakhmī al-Shāṭibī al-Gharnāṭī est de ces imams ayant inscrit leur nom dans l’histoire. Juriste et spécialiste des fondements du droit, cet érudit malikite né au 14e siècle chrétien fait alors carrière dans la cité représentant le dernier bastion de l’islam en al-Andalus : Grenade. Cité de l’Alhambra et capitale d’un Emirat fondé par la dynastie nasride, Grenade accueille certains des meilleurs lettrés de l’Occident musulman. Ainsi d’al-Shāṭibī. Élève d’Abū ʿAlī Manṣūr al-Zawāwī, d’Abū ʿAbd Allāh al-Sharīf et d’un certain al-Maqqarī al-Jadd, al-Shāṭibī avait appris d’eux l’essentiel de ses savoirs dans le droit, les fondements du droit comme en matière de kalam. C’est spécialiste des fondements du droit qu’il développera et approfondira d’ailleurs le concept d’al-maṣāliḥ al-mursala (les intérêts dérivés), élément central dans sa doctrine. C’est sur la base de ce concept qu’il émet ainsi tout au long de sa vie d’imam certaines de ses fatwās les plus fameuses, telle celle qui avait offert l’autorisation au gouvernement la perception de certains impôts extra canoniques jugés nécessaires du fait des difficultés économiques que connaissait l’émirat. Le Ḥadīḳa al-mustaqilla est alors le recueil le plus important de ses avis et jugements. Auteur prolifique, on lui doit entre autres une œuvre d’adab, le al-Ifādāt wa-l-inshādāt, un poème, le Naẓm fī madḥ al-Shifāʾ, un ouvrage sur la grammaire, le Sharḥ Alfiyyat Ibn Mālik, un commentaire d’une partie du Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī, le Kitab al-Majālis ou encore une réfutations de certaines innovations en matière de religion, le Kitab al-ʿItiṣām. Il sera pour l’anecdote lui-même accusé par certains d’innovations; l’une d’elles consistait par exemple au fait de ne plus mentionner le nom du sultan lors du sermon du vendredi. Théologien asharite et initié au soufisme, al-Shāṭibī échange avec nombre des maîtres en la matière et de son temps ainsi qu’avec les plus grands muftis d’époque en vue de valider ou non ses dires. Ibn Khaldūn avait été de ses interlocuteurs. Son œuvre la plus mémorable et qui est aujourd’hui encore lue de par le monde n’est autre que son Muwāfaqāt fī uṣūl al-sharīʿa. Dans cette immense œuvre, l’auteur y entreprend, avec l’objectif de ramener le lecteur à la mesure et à la raison, de définir et vulgariser les objectifs supérieurs de la Loi, qui au nombre de cinq, sont les suivants : la préservation du Din, la protection de la vie humaine, la protection de l’intelligence humaine, de la raison, la protection des biens, la protection de la filiation. Par la profondeur de ses avis et sa méthodologie et compréhension des finalités de la religion, al-Shāṭibī est pour beaucoup considéré comme l’un des rénovateurs du malikisme et de l’islam andalou. Ayant eu de nombreux élèves, dont Abū Bakr ibn ʿĀṣim et son fils Abū Yaḥyā, al-Shāṭibī allait exercer une influence considérable dans les milieux savants. Si son année de naissance nous est inconnue, l’on sait que l’homme avait quitté ce monde en 790H (1388), à peine plus d’un siècle avant la fin de l’émirat de Grenade en 1492 et la fin de la conquête chrétienne de l’Ibérie.

Renaud K.

Pour en savoir plus :

  • Muhammad Khalid Masud, Islamic Legal Philosophy: A Study of Abu Ishaq al-Shatibi’s Life and Thought, McGill University 1977.
  • Dr. Ahmad Raysuni, Imam Shatibi’s Theory of the Higher Objectives and Intents of Islamic Law translated by Nancy Roberts, publisher IIIT. p.74.
  • Wael B. Hallaq, A History of Islamic Legal Theories, Cambridge 1997, Ch. 5.
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