Al-Ghāfiqī, un Arabe en Gaule

En 92H (711), les musulmans au service de la dynastie omeyyade de Damas entraient sur le continent européen pour y fonder al-Andalus; huit ans plus tard, ils gouvernaient déjà Narbonne et assiegaient ensuite Toulouse et Nîmes. Entre les figures de Mūsā ibn Nuṣayr et de Ṭāriq ibn Ziyād, artisans de la conquête islamique de l’Ibérie, une autre se dessine alors, celle d’Abd al-Raḥmān ibn ʿAbd Allāh al-Ghāfiqī. Commandant les troupes omeyyades, il fait partie de ces guerriers ayant franchi les Pyrénées en direction du royaume des Francs. Faisant le siège de Toulouse aux côtés d’as-Samḥ ibn Mālik, il est un temps relevé de ses fonctions avant de revenir sur les devants de la scène en 112H (730). Placé par le calife Hichām ibn ʿAbd Al-Malik à la tête de la jeune Andalousie, il évite une première scission en Catalogne lorsque le vice-gouverneur berbère de la région s’était rallié au duc d’Aquitaine. Essentiellement entouré d’Arabes du Yémen et du Levant, il décide alors de réinvestir la Gaule. Passant par l’actuel Pays basque, il envahit Bordeaux et défait le duc Odo. Jadis vainqueur lors de la Bataille de Toulouse, le chrétien avait cette fois eu à affronter la lourde cavalerie musulmane; les pertes seront immenses. Odo et ses nobles étaient directement allés vers Charles Martel, maire de Paris et guerrier franc le plus en vue de l’instant, afin de trouver son aide. C’est fort d’une armée d’environ 30 000 hommes que Charles Martel débarquait en 114H (732) dans la région dans l’idée d’empêcher l’expansion de ces hommes venus de l’autre côté des mers. Se rencontrant près de la Loire, bien au sud de Poitiers, les deux armées allaient se faire face durant sept jours sans qu’aucun des camps ne prenne le dessus. De bataille il n’y aura véritablement jamais; s’échangeant des coups, les Francs avaient réussi à divertir une partie des musulmans en pillant leur campement, laissant leur commandant faiblement entouré. Abd al-Raḥmān ibn ʿAbd Allāh al-Ghāfiqī, à découvert, est tué alors qu’il tente de rejoindre ses hommes. N’arrivant pas à s’entendre à l’élection d’un remplaçant, les musulmans étaient repartis bredouilles, ainsi des Francs. Laissant l’image d’un chef juste et compétent, Abd al-Raḥmān ibn ʿAbd Allāh al-Ghāfiqī ne trouvera aucun successeur à son échelle. Pour preuve, à la mésentente des musulmans s’était succédé l’arrêt des avancées musulmanes en France; son fils sauvera cependant l’honneur en prenant un temps pied de Béziers à Aix-en-Provence. Charles Martel en avait ainsi profité pour y avancer ses pions – entre deux pillage d’églises et massacres – quand ses successeurs reprendront l’ensemble des places fortes musulmanes présentes sur la Côte d’Azur.

Renaud K.

Pour en savoir plus :

  • William Blanc (doctorant en histoire médiévale) et Christophe Naudin (professeur d’histoire-géographie) (préf. Philippe Joutard), Charles Martel et la bataille de Poitiers : De l’histoire au mythe identitaire (sciences humaines), Paris, Libertalia, coll. « Ceux d’en bas » (no 4), 16 avril 2015, 328 p., broché

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