Al Andalus, histoire et repères

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En 92 de l’hégire (711), Tariq ibn Ziyad arrive dans ce qui est l’Hispania avec plusieurs milliers de soldats berbères. Aidés par des locaux opposés au roi des Wisigoth Rodéric et par des Juifs las des persécutions subies, les Musulmans prennent la péninsule ibérique en une dizaine d’années ; le royaume Wisigoth est par là anéantit, les populations et les églises capitulant le plus souvent avant que de bataille il n’y ait. Si l’opération fut rapide, elle aura pourtant été la plus longue – après celle de l’actuelle Algérie – connue des Musulmans jusque-là. Séville d’abord en capitale, Al Andalus va passer de main en main au rythme des campagnes (notamment en France, autour de Narbonne), pour peu à peu s’indépendantiser.

En 137 H (755), arrive en Al Andalus Abd ar Rahman, petit-fils du dernier calife omeyyade. Seul rescapé du massacre de sa famille tuée par les Abbassides reprenant les rennes du califat, il parvient à traverser l’Afrique du Nord pour Cordoue. Proclamé émir par ses partisans après une bataille menée contre Yusuf al Fihri, il fait d’Al Andalus un Émirat indépendant. Affrontant à la fois les Carolingiens et les rebellions internes, il va asseoir 33 ans durant son pouvoir dans toute l’Espagne, faisant entrer Al Andalus dans la cour des grands. L’école de droit malikite tend au même moment à s’y installer.

En 317 H (929), Al Andalus entre dans une nouvelle phase de son histoire. Son émir Abd ar Rahman III s’y fait calife, opérant en une complète séparation d’avec le pouvoir abbasside entamant sa phase descendante. C’est le Califat de Cordoue. Si le Nord est déjà reconquis par les Chrétiens, l’Espagne musulmane se solidifie à ce moment. Le règne d’Abd ar Rahman III sera l’un des plus longs de l’histoire : il est 49 ans au pouvoir. Aidant les émirs maghrébins contre les Chiites fatimides, luttant contre les Croisés, il fait de l’Espagne l’un des pays les plus riches de l’époque. Les esclaves slaves y affluent, les conversions à l’islam s’accélèrent, et c’est l’essor scientifique qui prend aussi son envol sur le modèle de ce qui se fait plus loin à Bagdad. La réputation d’Al Andalus est faite, jusqu’en Europe profonde, on pense la Califat de Cordoue comme la terre de toutes les merveilles.

En 399 H (1009) démarre la 1ère guerre civile d’une série de trois. Le califat est alors aux mains d’une dynastie nommée Amiride, qui contribuant à son rayonnement le vide autant de sa substance. L’un d’eux, Sanjul, va même tenter de se faire calife à la place du calife. N’étant pas un Omeyyade, il provoque des réticences amenant à une révolution qui va plonger 20 ans durant Al Andalus dans l’instabilité politique. Les califes et dynasties se succèdent en un temps record. C’est l’époque où le savant Ibn Hazm se taille une réputation ; resté loyal aux Omeyyades, il fustige dans ses textes les roitelets qui çà et là préférent pactiser avec les Chrétiens ou se faire la guerre que de reformer une Andalousie unie.

En 422 H (1031), le califat de Cordoue n’est plus, et démarre l’ère des petits royaumes indépendants, les taïfas. Divisée, Al Andalus voit ses Musulmans se communautariser selon leur appartenance ethnique ; les Berbères là, les Arabes ici, les Blancs (convertis espagnols ou Slaves) là-bas. Avec les Chrétiens, la situation s’inverse : ce sont là ces derniers qui au travers de razzias prennent butin et esclaves, ou pire, soumettent les taïfas au régime de la capitation, poussant les Musulmans a payer tribut pour garder vie, religion et biens.

En 479 H (1086), la dynastie berbère emmenée par le célèbre Youcef ibn Tachfin, les Almoravides, pénètre Al Andalus après avoir été appelée par la taïfa de Séville. Battant le roi de Castille Alphone VI lors de la bataille de Sagrajas, ils aident à réunir ce qui reste d’Al Andalus, mettant fin à la première vague des taïfas. Les Chrétiens et Juifs ayant profité de la division des Musulmans sont là repoussés plus au Nord, quand l’ensemble des îles proches de l’Espagne, Majorque et Ibiza, repassent entièrement en Dar al Islam.

En 541 H (1147), les Almoravides ne sont plus ; ils sont remplacés par les Almohades. Reprenant le contrôle d’Al Andalus après une seconde période de taïfas, ils s’élèvent un temps en Califat dès 580 H (1184). L’affaire va durer plus d’un demi-siècle. Sous le règne d’Abu Yusuf Yaqub al Mansur, l’Espagne musulmane, réduite à sa partie sud, regagne son prestige d’antan, où savants et œuvres d’art se succèdent ; c’est l’époque d’Ibn Rushd.

En 608 H (1212), les Almohades sont défaits par une coalition chrétienne lors de la bataille de Las Navas de Tolosa. Une nouvelle ère de taïfas démarre. La reconquista entamée plus tôt reprend de plus belle ; les îles de Majorque et des Baléares sont prises, les Musulmans n’ayant pu fuir les forces chrétiennes sont peu à peu repoussés dans l’extrême sud de la péninsule. Cordoue est ainsi conquise par les Chrétiens peu après, le tableau d’Al Andalus est définitivement craquelé.

En 635 H (1238) sort de terre le royaume de Grenade. Dirigé d’abord par un Berbère du nom de Muhammad ibn Nazar, il permet par jeu de diplomatie à faire que son royaume ne soit pas approché par les conquérants chrétiens. Dernier bastion musulman de la région, les Nasrides résisteront aux Castillan et Aragonais pendant plus de deux siècles.

897 H (1492) est l’année de la fin. Celle du Moyen âge selon l’historiographie classique, mais aussi de l’Espagne musulmane. L’émir Boabdil rend en effet sous la pression des Chrétiens la ville aux souverains Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille. Les Musulmans par milliers rejoignent alors le Maghreb. Aussi, à peine le traité signé que les Juifs sont sur ordre de l’Église expulsés, les Musulmans restant quelques années plus tard seront forcés à la conversion. C’est plus tard l’inquisition qui démarre, plaçant les Musulmans, appelés Morisques, dans une situation de constante lutte pour la survie.

8 siècles de présence, de monts et merveilles comme de drames et de sang. Ainsi fut l’Espagne musulmane, ainsi fut Al Andalus.

Renaud K.

 

Pour en savoir plus :

– Pierre Guichard, Al Andalus, Pluriel

– André Clot, L’Espagne musulmane, Poche, Tempus

– Les Carolingiens et al-Andalus: VIIIe-IXe siècles, Philippe Sénac

 

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