Al-Ṭanṭāwī, un ‘alim en Russie

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En 1256 de l’hégire (1840), un érudit d’Égypte arrivait aux portes de la ville de Saint-Pétersbourg en Russie : Muḥammad ʻAyyād al-Ṭanṭāwī. Appelé par l’Institut des langues orientales de la ville, il a l’approbation d’Alexandre II, le tsar, pour venir y enseigner l’arabe. Sept ans plus tard, il y préside même la chaire d’études arabes, y formant l’ensemble des orientalistes russes, allemands et finlandais d’époque.

Né en 1225H (1810) dans le village de Tanta en Égypte, il avait, après avoir obtenu son diplôme à l’université d’Al Azhar, rejoint d’autres enseignants et vérificateurs de manuscrits employés par Muhammad ‘Ali, gouverneur de l’Égypte ottomane. L’Égypte, sur le modèle ottoman, se montrait au même moment très impliquée dans la marche vers la modernisation. Les échanges et voyages d’une aire culturelle à l’autre étaient fréquents et le périple du cheikh égyptien s’inscrivait complètement dans cette optique. 

De son long passage dans l’empire russe, il en sortira un ouvrage : al Tuḥfat al-adhkiyāʾ bi-akhbār bilād al-Rūsiyā; soit Le précieux cadeau de l’esprit vif dans les nouvelles sur la terre russe. C’est alors l’unique compte-rendu d’un érudit musulman sur la Russie tsariste. Traitant de l’histoire de l’empire et de ses cultures, al-Ṭanṭāwī y aborde les mœurs et habitudes des Russes entrevus, sans jamais ne porter de critiques négatives à leur encontre. Sachant que les Ottomans et les Russes étaient en conflit depuis trois siècles, le travail avait marqué les esprits par sa rigueur. 

Sa maîtrise de l’arabe lui avait permis de croiser la route de la plupart des orientalistes d’époque et désireux de se faire ses élèves. Gustav Weil, l’orientaliste juif allemand derrière certains plus grands travaux d’époque sur l’islam; Edward William Lane, premier traducteur des Mille et une nuit en anglais; le finlandais Yrjö Aukusti Wallin, auteur d’un journal retraçant son voyage en Orient (il était allé à La Mecque et se serait converti à l’islam).. Tous avaient appris la langue arabe à ses côtés, au Caire comme en Russie. Il avait même eu deux diplomates russes en élève, N. Mukhin et R. Frähn, ceux-là même qui avaient usé de leur influence pour le faire venir dans l’empire du tsar.

Son Aḥsan al-nukhab fī maʻrifat lisān al-ʻArab, soit le Traité de la langue arabe vulgaire, publié en 1264H (1848) est son ouvrage de philologie arabe le plus lu. Édité dans la plupart des langues européennes ensuite, il sera étudié dans les plus grandes universités, ceci de Paris à Berlin. Doué pour les langues, il avait appris le français, l’allemand et évidemment le russe. Muḥammad ʻAyyād al-Ṭanṭāwī s’éteignait un 24 rabi’ou al-thani 1278 (29 octobre 1861) dans la cité russe qui l’avait accueilli. Sa descendance ne quittera plus jamais Saint-Pétersbourg. 

Renaud K. 

 


 

Pour en savoir plus :

  • Öhrnberg, K., “al-Ṭanṭāwī, Muḥammad ʿAyyād”, in: Encyclopédie de l’Islam.