Abū Ḥanīfa, cet imam fondateur

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Surnommé par certains al-Imām al-aʿẓam, soit le grand imam, Nuʿmān ibn Thâbit ibn Zūṭā ibn Marzoubān, dit Abū Ḥanīfa, est l’un des savants de l’islam les plus reconnus et suivis. Né à Kufa sous l’ère des Omeyyades autour de l’an 700 dans une famille perse, Abū Ḥanīfa se destine d’abord à suivre les traces de son père en s’investissant dans le tissage de la soie. Sa rencontre avec l’imam al-Sha’bi esta lors décisive : impressionné par le bon coeur et la prédisposition de l’homme aux sciences, l’imam pousse Abū Ḥanīfa à se tourner vers les études. S’asseyant auprès des grands érudits de son temps à Kufa, il y apprends tour à tour le Coran, le hadith, la langue arabe et la poésie, ainsi que le kalam et quelques éléments de philosophie. Si Ḥammād ibn Sulaymān sera l’un de ses principaux professeurs, Abū Ḥanīfa aura notamment l’occasion d’étudier auprès d’ʿAṭāʾ ibn Abī Rabāḥ (un élève du compagnon Ibn ʿAbbās), d’Ibrāhīm al-Nakhaʿī, et de faire encore la rencontre de l’imam Mālik ou Jaʿfar al-Ṣādiq ainsi que de quelques compagnons encore en vie, tel Anas ibn Mālik. Devenu à ses 40 ans un imam et donneur de fatwa respecté, il avait la particularité de s’entourer de ses disciples et de les faire participer à ses jugements. On lui connaît alors de sévères condamnations à l’encontre des juristes d’époque que ces derniers n’hésitaient pas à lui renvoyer. Malgré sa grande attache au Hadith, Abū Ḥanīfa fut en effet l’un des premiers savants de l’islam a accorder autant de place à l’opinion et à l’analogie dans ses reflections, ce qui ne fut pas sans lui causer quelques critiques. Dans sa carrière, il avait aussi été à plusieurs reprises appelé par les califes omeyyades à remplir les fonctions de juge. Il les avait toutes refusées. Il sera une dernière fois appelé à se faire fonctionnaire d’Etat par le second souverain des Abbassides, al-Manṣūr, peu avant qu’il ne meurt. Son énième refus accompagné de ce verbe acerbe qui l’avait tant caractérisé avait alors tant mis en colère le calife qu’il le fera mettre en prison. C’est derrière les barreaux qu’il rendait ainsi l’âme, à Bagdad, moins de quatre ans plus tard, le 15 rajab de l’an 150 de l’hégire. En l’absence de traités de droit rédigé de sa personne, c’est de ses élèves que nous avons alors connaissance des fondements en matière de religion qu’il posa et de sa méthodologie juridique. Ses plus illustres descendant spirituel sont alors Abū Yūsuf et Muḥammad al-Shaybānī. Le premier sera l’un des plus célèbres juges islamique de l’époque et le transmetteur de ses avis juridiques, quand le second, aussi un enseignant de l’imam ash-Shāfiʿ et Aḥmad ibn Ḥanbal, publiera notamment le al-Jāmiʿ al-Kabīr dans lequel seront rapportées les diverses positions de l’imam. On lui connaît aussi des écrits personnels tels des réfutations des premiers sectateurs de l’islam, ainsi qu’un Fiqh al-akbar, peut-être l’ouvrage attribué à Abū Ḥanīfa le plus fameux. Y sont alors explicités les positions théologiques de l’imam; des positions parfois discutées autant que l’est alors l’authenticité dudit livre. Inspirant aujourd’hui encore un tiers des musulmans dans le monde en matière de jurisprudence, principalement en Asie, Abū Ḥanīfa n’avait, en dépit de son travail de savant, jamais quitté son emploi de chef artisan dans le commerce et la fabrication de tissu. Plus de 50 000 personnes avaient assisté à ses obsèques à Bagdad, poussant les autorités à répéter la prière mortuaire à six reprises. La mosquée Abū Ḥanīfa, régulièrement réaménagée à travers les siècles, est encore aujourd’hui l’une des plus célèbres mosquées de Bagdad.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus : 

  • Nu’mani, Shibli (1998). Imām Abū Ḥanīfah – Life and Works. Translated by M. Hadi Hussain. Islamic Book Service, New Delhi.
  • Pakatchi, Ahmad and Umar, Suheyl, “Abū Ḥanīfa”, in: Encyclopaedia Islamica, 2008
  • F. ʿAbd-Allāh, “ABŪ ḤANĪFA,” Encyclopædia Iranica, I/3, pp. 295-30