1839, l’Afghan triomphant de l’Anglais en guerre

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L’Afghanistan est la terre de toutes les guerres. Avant que les Russes et les Américains n’y mettent  les pieds, et se les perdent, une autre grande nation y avait tenté sa chance : le Royaume-Uni.

 

Les Britanniques, en pleine conquête de l’Asie, cherchent dans cette première moitié du 19e siècle chrétien à empêcher les Russes de prendre davantage possession du centre du continent. Ce qui est aujourd’hui l’Afghanistan est alors au cœur de bien des convoitises. Pour prendre le pays à revers avant les Russes, les Britanniques y font ce qu’ils savent le mieux faire : envoyer un homme y faire les yeux doux aux locaux. Le Lawrence d’Arabie afghan est alors Alexander Burnes. Officier de renseignement prisé, il parle l’ourdou et baragouine un brin de pachtou. De 1252 de l’hégire à 1254 (1836 à 1838), il est ainsi vu à Kaboul plusieurs fois, dans l’idée de prendre la température et quelques renseignements. En 1255H (1839), l’affaire est décidée : l’émir Dost Muḥammad doit être déposé pour faire place à un remplaçant plus apte à collaborer. Les Britanniques veulent remettre sur le trône du royaume islamique l’émir déchu Shah Shudja. Manu militari, ils déposent Dost Muḥammad après avoir défait son armée et entrent dans Kaboul en Jumada al-Awwal 1255H (août 1839). Sauf que le peuple, musulman et attaché à ses mœurs, accepte très mal la présence de ces étrangers en arme chez lui. Une révolte populaire, menée par Wazir Akbar Khan, le fils de l’émir Dost Muḥammad, éclate sans attendre. Les embuscades contre l’occupant s’accumulent et Burnes, depuis fait représentant officiel du gouvernement britannique est violemment tué lors du massacre de sa mission en 1257H (1841). L’émir placé par les Britanniques n’y échappe pas, il est assassiné par quelques rebelles. Dans la plus totale des débandades, les Britanniques évacuent Kaboul au mois de janvier 1842 (1257H); ils sont plus de 16 000 à prendre le chemin pour Jalalabad, à la frontière avec l’actuel Pakistan. Mais une embuscade les arrête en cours de route : les Britanniques sont, par milliers, tous tués ou faits prisonniers lors d’une sanglante bataille de Gandamak. Seule une poignée de rescapés aura réussi à s’enfuir.

 

La défaite des Britanniques a alors un retentissement considérable de par le monde; elle est le signe que l’armée anglaise n’est pas invincible. Malgré une nouvelle expédition en octobre qui libéra un certain nombre de prisonniers, les Britanniques ne poseront plus un pied en Afghanistan dans les décennies suivantes. Dost Muḥammad pouvait régner jusqu’à sa mort en 1279H (1863).

 

Renaud K.