Ṣubḥ, d’esclave à régente d’al-Andalus

Ṣubḥ – aussi connue sous le nom d’Aurora (l’Aurore; Ṣubḥ désignant l’aurore en arabe), est une Vasconne (ancêtres des Basques) née autour de 323H (935). Capturée lors de guerres ayant opposé musulmans et chrétiens en al-Andalus, elle est de ces dames ayant intégré le harem du second calife omeyyade de Cordoue, le riche et puissant al-Ḥakam II, fils de l’illustre ʿAbd ar-Raḥmān III. Rapidement devenue sa favorite, elle a la trentaine quand elle donne naissance à un premier enfant, puis un deuxième quelques années après. Si le premier meurt avant ses dix ans, le second survit : il s’agit d’Hishām II, futur et prochain calife de Cordoue. Jadis une simple servante et concubine, Ṣubḥ devient la première dame de l’Etat le plus puissant d’Europe; elle est consultée par les vizirs et donne de ses prérogatives. Elle a même son gestionnaire et homme de main, Muḥammad ibn Abī ʿĀmir, alors un érudit et homme d’Etat qui des années plus tard allait s’imposer – sous le surnom d’al-Mansūr – en leader d’al-Andalus du Jihad contre les conquistadors chrétiens. C’est d’ailleurs grâce à son influence qu’elle arrive, à la mort du calife en 365H (976), à faire de son jeune fils Hishām le nouveau souverain de Cordoue au grand dam d’officiers slaves ayant tenté de placer leur homme au pouvoir. Devenue la régente d’al-Andalus, Ṣubḥ est la personnalité politique la plus influente et importante de l’Etat. Mais son homme de main fini par lui glisser entre les doigts. Prenant de plus en plus de place dans l’échiquier politique, al-Mansūr avait relégué Ṣubḥ à ses plus simples affaires, et bientôt dans la plus noire des colères. Fortunée, elle n’avait pas hésité à monnayer l’aide des Zirides d’Ifriqya (Tunisie) afin de calmer les ardeurs d’al-Mansūr. En vain. Les Zirides sont battus en 387H (997) sur leur propre terrain; al-Mansūr exulte. Celui-ci pousse alors le calife à lui remettre les clés du pouvoir quand Ṣubḥ est invitée à se retirer de la vie publique. Bibliophile et aussi férue d’architecture, Ṣubḥ allait terminer sa vie dans la supervision d’édifices divers; nombre de ponts et de routes de la région sont alors de son fait. La Vascone quittait enfin ce monde en 389H (999). 

Renaud K.

Pour en savoir plus :

  • André Clot, L’Espagne musulmane : VIIIe-XIe siècle, Librairie Académique Perrin, 2004
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