ʿUmar Tāl, l’Empereur toucouleur

Né à la fin du 18e siècle chrétien à Halwar dans le Fouta Toro, un ancien royaume situé sur les territoires actuels du Sénégal et de la Mauritanie, ʿUmar ibn Saʿīd ibn ʿUṭmān Tāl est à l’époque des grands Emirats d’Afrique de l’Ouest un jeune notable parmi les Toucouleurs bénéficiant du statut de ses pairs. Descendant d’imams, il approfondit ses connaissances en islam grâce à des érudits locaux connectés aux centres d’études du Maroc ou de Tombouctou. Alors qu’il a passé la trentaine, celui qu’on nommera plus communément al-Hājj ʿUmar Tāl entreprend le voyage qui allait changer sa vie. Partant au Niger puis ensuite à Sokoto, il se rend encore au Caire puis à La Mecque avant de rejoindre la région de Bornou. C’est durant ces années de pérégrinations qu’il fait la rencontre d’illustres personnages de l’Islam d’époque. Fréquentant le fondateur de l’Empire peul du Macina Aḥmadu ibn Muḥammadu Lobbo (Sékou amadou), il rencontre le second sultan de Sokoto, Muḥammad Bello (fils du célèbre ʿUthmān ibn fūdī “Dan Fodio”), dont il épouse la fille, se liant encore d’amitié avec Muḥammad al-Ghālī, disciple marocain du fondateur de la confrérie Tidjaniyya. C’est de lui qu’il reçut, à La Mecque, son initiation au soufisme et par lui qu’il entrait dans la confrérie à son tour. Ayant séjourné à l’université al-Azhar du Caire, il épousait aussi une fille du sultan du Bornou avant de rentrer chez lui. A noter qu’il fut un temps mis en prison lors de son passage dans Ségou par le roi animiste local. Enrichi de ses rencontres et savoirs appris çà et là, il crée au Fouta-Djalon une zaouïa en 1257H (1841) au travers de laquelle il allait durant treize années prêcher l’islam. Asharite en matière de croyance, malikite dans le droit, il est surtout politiquement enclin à la lutte armée pour faire briller l’islam sur l’idolâtrie. Charismatique et certainement savant, il s’est depuis constitué un cercle de disciples et élèves pour le moins conséquent. C’est avec eux qu’il mène dès 1266H (1850) ses premières expéditions militaires contre ses voisins bambaras et autres animistes du Mandingue et d’ailleurs. Son objectif : unir l’Ouest africain sous une même gouvernance islamique. Gagnant l’ensemble de ses batailles, il occupe en six ans un large territoire aidé d’armes récupérées de trafiquants britanniques installés non loin. C’est la naissance de l’Empire Toucouleur. Emir de son Etat, il s’entoure d’une assemblée faite d’érudits et compagnons, fait de la Loi musulmane la seule voie possible, et sur le modèle ottoman, réparti la gestion de l’Empire entre beys et Pachas. Le commerce de l’or et d’esclaves sont alors deux des principales sources de revenus de l’Empire. Son pouvoir installé sur les locaux, ʿUmar Tāl étend – entre deux rédactions d’épitres religieuses – alors son Jihad à une autre cible et non des moindres : la France. Harcelant les Français occupant certains pans de terres dans la région, il se construit un fort (un tata) à Koniakary haut de 6 mètres, long de 115 et large de 107; il fait encore la conquête du royaume de Ségou et de l’Empire du Macina, respectivement en (1861) et (1862). Mais ses guerres ont occasionné beaucoup de morts et les Français s’en font un ennemi public à abattre. C’est alors après s’être réfugié dans des grottes au milieu de l’actuel Mali qu’il disparaît, un 12 février 1864 de l’ère chrétienne, nul ne sachant ce qu’il était alors advenu de lui. Si son fils règne après lui à Ségou jusqu’à la colonisation française en 1310H (1893), c’est son neveu Tidiani Tall qui lui succède quant à la gestion de l’Empire. Empire qui allait tenir jusqu’à son effondrement sous l’invasion – appuyée par les animistes bambaras – française en 1313H (1890).

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Gérard Chenet, El Hadj Omar, La grande épopée des Toucouleurs, L’Harmattan, 2009
  • Samba Dieng, L’épopée d’Elhadj Omar. Approche littéraire et historique, Dakar, Université de Dakar, 1984, 2 t., t.I, 1-299, t.II, 300-606.
  • Elikia M’Bokolo, Afrique Noire, Histoire et civilisations, Paris, Hatier-AUF, 2004 (2e édition), 587 p.

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