ʿAmr ibn al-ʿĀṣ, le compagnon et conquérant de l’Egypte

ʿAmr ibn al-ʿĀṣ est l’un des plus fameux compagnons du Prophète Muḥammad ﷺ. Né vers l’an 580 de l’ère chrétienne à LaMecque, il s’était d’abord longtemps réservé le choix d’embrasser l’islam. Comme d’autres, il avait été de ceux ayant premièrement combattu les musulmans, s’illustrant notamment lors de la fameuse bataille d’Uhud. Il est d’ailleurs celui qui, venu au Négus – chrétien – d’Abyssinie, avait réclamé l’expulsion des croyants qui jadis avaient fui d’Arabie pour conserver leur foi. C’est cet instant, charnière, qui l’avait tout justement mené sur la route du doute, puis enfin sur celui de la certitude : il s’avançait la 8e année de l’hégire vers Médine, où le reste des musulmans avait trouvé accueil, afin de s’ouvrir à la voie des derniers monothéistes. ʿUthmān ibn Ṭalḥa et Khālid ibn al-Walīd – son fidèle ami – l’avaient alors accompagné ce même jour, pour, eux aussi, se faire musulmans. C’est alors en artisan des conquêtes musulmanes que notre homme va entrer dans l’histoire. Dirigeant de premières expéditions du vivant du prophète Muḥammad ﷺ avant d’être élu gouverneur d’Oman, il allait jouer un rôle crucial dans les guerres contre les apostats qui avaient émaillé le règne du premier calife de l’histoire, Abū Bakr al-Ṣiddīq. Invité par ce dernier à franchir l’Arabie pour le Sham, ʿAmr ibn al-ʿĀṣ allait être, aux côtés de Khālid ibn al-Walīd, de toutes les batailles : Ajnadayn, Damas, Yarmouk… Devenu gouverneur de Palestine, il conquiert Jérusalem derrière ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb. Si celui-ci est réticent quant à aller au-delà de l’Orient,  ʿAmr le convainc d’aller plus loin : il entrait en 18H en Égypte avec 4000 moudjahidines, faisant s’écrouler le pouvoir byzantin local en quelques batailles décisives. Son génie militaire est là mis au grand jour et l’on continue aujourd’hui d’étudier ses choix stratégiques dans toutes les plus grandes universités militaires du monde. Désireux de ne pas s’imposer parmi la population copte du pays, il y construit une nouvelle capitale : Fustat, que l’on connaîtra plus tard sous le nom du Caire. Fondateur de la première mosquée d’Afrique, ʿAmr est encore derrière la restauration du canal du Nil à la mer Rouge. Afin de financer ses actions militaires, il fixe alors des impôts fondés sur les variations du cru du Nil grâce à des nilomètres posés le long du fleuve. Rompu à la guerre, il participe avec Khālid et Sa’d b. Abi Waqqās encore le Caucase, l’Irak et la Perse, faisant définitivement tomber l’Empire millénaire des Sassanides. Puis vint la première fitna parmi les musulmans après le meurtre du calife ʿUthmān par des kharidjites. Prenant le parti de Muʿāwiya, gouverneur du Sham et futur roi-fondateur de la dynastie des Omeyyades, il est de ceux ayant combattu lors de la tragique bataille de Siffin opposant Muʿāwiya au calife et cousin du prophète ﷺ, ʿAlī. Désigné ensuite en arbitre dans ce qui devait être une résolution du conflit, il échappe de peu à une tentative d’assassinat des kharidjites, militant jusqu’au bout pour l’élection de Muʿāwiya au poste de souverain des croyants. Il mourrait ainsi moins de quatre ans plus tard en gouverneur d’Égypte, sous le règne de ce dernier, en l’an 44 de l’hégire.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Bahramian, Ali and Negahban, Farzin, “ʿAmr b. al-ʿĀṣ”, in: Encyclopaedia Islamica
  • La conquête de l’Egypte et l’art de la guerre d’air Ibn al-‘As, A. Soleiman al-Kaabi, Nawa Editions
  • Wensinck, A.J.. « ʿAmr b. al-ʿĀṣ. » Encyclopaedia of Islam, Second Edition. Edited by: P. Bearman, Th. Bianquis, C.E. Bosworth, E. van Donzel, W.P. Heinrichs. Brill Online, 2013.