Zyriab, ou quand l’Europe pris leçons d’un poète d’Orient

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Il est souvent fait mention de la grandeur de l’Espagne musulmane médiévale. Nombreux en furent les acteurs, mais l’un retient tout particulièrement l’attention de bien des historiens et nostalgiques.

En 207 de l’hégire (822), soit plus d’un siècle après sa conquête, l’Andalousie voit arriver à ses portes un jeune homme à la peau sombre venu de loin. Il s’agit de Ali ibn Nafi, autrement nommé Zyriab, le « Merle noir », du à sa voix enchanteresse. L’homme est déjà connu, il a été il y a peu chassé de la cour du calife Harun al Rashid à cause d’un maître trop jaloux. Aussi, peu après a-t-il été expulsé de la jeune Kairouan pour un poème à charge contre le souverain local.

Mais qu’à cela ne tienne, l’émir Abderrahmane régnant sur l’Espagne l’accueille dans le plus grand faste. Une maison lui est donnée, et de ses talents en chant et musique, il peut désormais en faire étalage, en un conservatoire conçu pour lui, au grand désarroi des docteurs de la Loi islamique. Il introduit ainsi en Europe le luth à 5 cordes ainsi que la cithare et la nouba, style de pièce musicale novateur. Pour beaucoup, c’est à ce moment que la musique andalouse naît.

Mais au-delà de son goût pour les mélodies, c’est tout un art de vivre qu’il fait venir avec lui. Intime de l’émir, star auprès des petites gens, on l’écoute et l’imite. De sa ville d’origine, Bagdad, il ramène de nouvelles coupes de cheveux, le déodorant comme des modes vestimentaire en vogue en Orient. Il établit aussi des règles de tables nouvelles. Les plats devront désormais se succéder, les potages en premier, viandes et poissons en second, desserts en dernier. Le nougat, le massepain, l’asperge ou les confitures arrivent aussi à table grâce à lui. Plus encore, on lui doit l’élaboration de ce que sont aujourd’hui nos sorbets de glace. Ingénieux, il ajoute aussi un poignet aux verres à boire, et impose le cristal en ces derniers.

Féru de jeux, il invita les Andalous à jouer aux échecs comme au polo, jusqu’ici pratiqué chez les Perses. Ses amours s’étaient aussi portées sur la géographie et la philosophie. Poète, il aimait aussi s’adonner à l’occultisme et autres pratiques magiques importées de Mésopotamie… Personnage ainsi peu orthodoxe, on lui accorde même un grand succès auprès des femmes comme des hommes..

Il mourra en 243 de l’hégire (857), laissant derrière lui tout un patrimoine d’us et coutumes qui allait grandement imprégner l’Occident musulman, et même l’Europe entière plus tard.

Renaud K.

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