Le Yémen, c’est une culture et une histoire riche ; un patrimoine passionnant puisant ses racines très loin dans le temps. Mais le Yémen, c’est aussi la terre de tous les conflits. Depuis maintenant des années, la guerre y a cours, qui faute à de plus amples conflits voisins, ne trouve que peu l’intérêt de l’opinion publique.

Rappel des faits : En 1990, le Yémen du Nord et le Yémen du Sud s’unissent, Ali Abdullah Saleh, alors déjà à la tête du nord, en devient le président. La société, foncièrement polarisée, est alors en proie à de vives tensions. En 1994, une guerre civile éclate, le sud réclamant davantage de droits et considérations. Le gouvernement d’Ali Abdullah Saleh y met un terme en quelques mois. 10 ans plus tard, les opposant chiites houthis voient leur fondateur assassiné. Une nouvelle guerre civile survient suivie de 5 autres opposant toujours le même président, déjà aidé par le royaume saoudien, aux houthis basés à Saada. En 2009, les combats débordent en Arabie voisine. En parallèle, le Yémen voit al Qaïda se développer sur son territoire, ceci inquiétant tout un monde. Les saoudiens réinvestissent le terrain via des frappes aériennes ciblant les différentes parties insurrectionnelles. En 2011, c’est le printemps arabe qui touche le pays. La répression étatique fait tuer des centaines de personnes lors des manifestations réclamant la destitution du président Ali Abdullah Saleh. Contraint de démissionner, la présidence est transmit à Abd Rabbu Mansour Hadi. Accusant le pouvoir de nouvelles violences, les houthis désormais nouveaux alliés des partisans de l’ex président reprennent les armes. Gagnant en nombre, ils prennent en 2014 la capitale Sanaa avant de dissoudre le Parlement et travailler à une nouvelle transition politique.

Depuis 2015, le conflit depuis s’enlise, la guerre civile s’installant dans le temps. Le président Abd Rabbu Mansour Hadi, exilé en Arabie Saoudite, a depuis laissé à la coalition arabe menée par les saoudiens le soin d’y ramener le calme. Mais aux frappes des coalisés s’ajoutent les heurts au sol des différents groupes rivaux. Au milieu de tout cela, les civils. 3 millions de déplacés et 12 000 morts et blessés depuis le début de l’énième conflit. Aussi, plus de 18 millions de yéménites ne survivent plus que grâce aux aides humanitaires faute à une famine s’installant. Afin d’empêcher les houthis de se ravitailler, la coalition a en effet mis en place un blocus conséquent. Entravant l’acheminement de carburants, l’accès aux soins comme à la nourriture s’en est vu directement impacté. Qui plus est, les dégâts infligés par les bombardements empêchent la libre circulation des biens comme des personnes.

Amnesty International et d’autres ont depuis dénoncé les violences commises de part et d’autres ; pointant du doigt tant les exactions des houthis et autres groupes locaux que les pertes civiles causées par les frappes de la coalition. Une coalition par ailleurs largement financée tant par les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Espagne, le Canada que la Turquie ; ces derniers ayant transférés vers l’Arabie saoudite près de 6 milliards de dollars d’aides militaires rien que la 1ère année du conflit. En toile de fond : un semblant de guerre froide contre l’Iran sensé être derrière la rébellion houthi.

La semaine passée, l’ancien président Saleh a annoncé rompre avec les houthis, changeant par là peut-être toute la donne du conflit. Ryad a déjà salué le geste, les houthis eux crient à la traîtrise. Mais aucun apaisement en vue : la capitale du Yémen, déjà bombardée et grandement appauvrie, est depuis le théâtre de combats de rue des plus violents. La coalition a déjà demandé aux populations civiles de quitter la ville, quand les troupes du président Hadi sont là à ses portes. Aux dernières nouvelles, l’ex président Saleh a été tué par ses anciens ennemis devenus alliés les houthis. Le pire est à venir ?

Renaud K.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *