À la fin du XIIème siècle grégorien (6ème siècle de l’hégire), Usama ibn Munqidh, prince syrien, retraçait en son  »Kitab al I’tibar » un siècle de combats et de rencontres avec les croisés Francs. Regorgeant d’anecdotes, il n’avait pas loupé de décrire la rudesse des méthodes de l’envahisseur, notamment en terme de médecine.

Extrait :

 »Le maître d’Al-Mounaytira, une forteresse qui relevait de Tripoli, entre Balbec et la mer, me demanda un jour, à Chayzar, de lui envoyer un médecin pour quelques-uns de ses malades. Nous lui dépêchâmes le nôtre, Thâbit, un chrétien. Il revint si vite que nous lui fîmes compliment pour des soins si rapides, mais lui d’expliquer « On m’a montré un chevalier dont la jambe avait un abcès, ainsi qu’une femme atteinte de consomption. Pour le premier, j’ai préparé un petit emplâtre, l’abcès a crevé et pris bonne tournure. Pour la seconde, j’ai pensé à une diète assortie d’un traitement approprié. Mais voilà que survient un médecin franc, qui décide que je n’y connais rien. Il s’adresse au chevalier : « Que préfères-tu, vivre avec une jambe ou mourir avec deux ? » L’autre répond qu’il aime mieux vivre. Le médecin dit alors qu’il a besoin d’un chevalier robuste et d’une hache tranchante à souhait. J’assistais à la scène : notre homme installe la jambe de son patient sur un billot et ordonne au chevalier de la trancher, d’un seul coup. Mais au premier, la jambe résiste encore ; au second, la moelle se répand un peu partout et le malade meurt, là, tout de suite. Pas déconfit pour un sou, le médecin se rabat sur la femme, règle son cas : c’est un démon qu’elle a dans la tête. Il lui fait raser les cheveux. La femme ne s’en porte ni mieux ni plus mal, mais se met, contre mes indications, à manger, ainsi qu’on le fait chez les Francs, de l’ail et de la moutarde. Son état empire. L’autre déclare, péremptoire, que le démon ne gîtait pas à la surface de la tête, mais plus profondément qu’il ne l’avait cru d’abord. Il vous prend un rasoir, fait, sur le crâne, une incision en forme de croix, si terrible que l’os apparaît. Puis il frotte le tout avec du sel… et voilà, presque aussitôt, son second mort.» »

Extrait de  »Des enseignements de la vie », traduit de  »Kitab al I’tibar » et commenté par André Miquel, Imprimerie nationale, Paris, 1983, p.86-88.

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