Très largement peint en Occident comme une voie religieuse faite de paix, d’encens odorant et de statues décoratives ; le bouddhisme a vu son image en prendre un sacré coup ces dernières semaines. Pour cause, enfin, les violences du nationalisme bouddhiste birman à l’égard des populations musulmanes locales ont été observées par tout un monde. Être bouddhiste et violent, c’est donc possible ? Semble-t-il que oui. Et la chose n’est pas nouvelle.

Déjà parler de bouddhisme au singulier est une erreur tant ses courants sont nombreux. On peut parmi eux en retenir 3 principaux : le bouddhisme theravada, zen, et enfin tibétain. C’est ce dernier qui est largement sur-représenté chez nous. Cette méconnaissance pourrait aussi expliquer que l’on soit passé à côté de ses possibles expressions violentes. Peut-on citer déjà en ce sens et dans l’histoire récente les kamikazes japonais durant la seconde guerre « mondiale ». Bouddhistes, avant chaque « attentat suicide » contre la flotte américaine, les bougres recevaient sermons sur sermons de la part de moines locaux. Toujours au Japon, nous avons plus tôt les Samouraïs. Fervents bouddhistes « zen », leur goût pour la mort et le combat nous est connu. Tueurs professionnels, ils aimaient entre autres usages de leur talent, tester leurs sabres sur quelques esclaves triés au volet ou encore couper la tête de leurs ennemis afin de les ramener à leurs maîtres…

Ailleurs, dès le 2ème siècle avant l’ère chrétienne, le bouddhisme était déjà utilisé au Sri Lanka contre l’invasion des tamouls. 15 siècles plus tard, les Mongoles dirigés par Kubhilaï Khan pour envahir le Japon furent tout autant motivés par leurs maîtres bouddhiques. Le Tibet aujourd’hui tant pacifié usa de toutes ses forces à plusieurs reprises au Moyen Âge. Bouddhistes, les tibétains ne s’étaient pas privés d’envahir la Chine au 8ème siècle, comme le Bouthan au 17ème. Les différents mouvements bouddhistes tendaient aussi à très souvent recourir aux armes les uns contre les autres. Au Japon, tout le Moyen Âge fut traversé par des luttes intestines meurtrières. Kyoto fut ainsi régulièrement visitées par des armées de moines jusqu’à ce qu’un d’eux, Oda Nobunaga, au 16ème siècle, y mette un terme.

« Les rapports du bouddhisme et de la guerre sont complexes. Dans les pays où il constituait l’idéologie officielle, il fut tenu de soutenir l’effort de guerre. Il existe également dans le bouddhisme tantrique un arsenal important de techniques magiques visant à soumettre les démons. Il fut toujours tentant d’assimiler les ennemis à des hordes démoniaques, et de chercher à les soumettre par le fer et le feu rituel. » (1)

Plus récemment, dans l’Asie du sud-est, le moine chef de guerre a été une figure récurrente. Au Sri Lanka, la majorité bouddhiste du pays a été durant 20 ans en guerre contre la minorité Tamoul. Le conflit prenant fin il y a moins de 10 ans, la répression des autorités (bouddhistes) a été d’une large férocité. Les Etats modernes de la région se sont aussi largement aidés du bouddhisme dans la construction de leur nationalisme. Couplé d’un fort ethnocentrisme, ces populations bouddhistes ont développées un véritable pan-nationalisme d’une agressivité sans pareille, notamment contre l’islam et les musulmans aujourd’hui.

« Le bouddhisme qui séduit les Occidentaux est un fantasme, une (…) mise en scène planétaire et suresthétisée de traditions qui n’ont jamais existé (…). Le paradoxe, c’est que le bouddhisme s’est transformé en Asie même pour ressembler au fantasme occidental. » (2) conte Raphaël Liogier.  » (…) on a vu dans le bouddhisme un candidat particulièrement intéressant pour incarner le fantasme de la modernité: une spiritualité sans dogme ni Dieu, intériorisée et individualisée, fondée sur la rationalité » (3) avance Lionel Obadia.

Le Dalaï-lama n’aurait fait aussi que reprendre le concept de non-violence à Gandhi, un jaïniste (une ramification de l’hindouisme). On parle dans le bouddhisme plutôt d’une quête de la non-souffrance au travers d’un détachement de l’être de ce bas monde. Si la non-souffrance de l’autre a son importance, l’idée est multiplement déclinable. Tuer son ennemi, chez les Samouraïs par exemple, ce put être aussi une façon de lui éviter une vie de souffrance et d’humiliation. Si nuire à autrui est ainsi condamnable, user de violence pour un bien supérieur à donc bien ses adeptes. Et même ses sources scriptuaires. Dans la liturgie bouddhiste, de nombreux passages font ainsi tantôt l’éloge de la guerre et du combat. Des passages bien évidemment peu connus et très occultés par les cercles savants bouddhistes contemporains.

Renaud K.

(1)https://www.scienceshumaines.com/amp/le-bouddhisme-une-religion-tolerante_fr_12908.html (2)https://bonpourlatete.com/actuel/le-bouddhisme-qui-seduit-les-occidentaux-est-un-fantasme
(3)https://m.slate.fr/story/72889/bouddhisme-incitation-haine?amp

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