L’attentat vendredi dernier dans le Sinaï égyptien ayant visé une mosquée fait état désormais de 305 morts. Au delà de la profonde inhumanité du geste que de massacrer des êtres désarmés exerçant leur culte en un jour saint, il est d’ors et déjà question de l’un des plus meurtriers attentats de l’histoire récente, et surtout du plus violent jamais connu en Egypte. L’événement est dramatique, d’une horreur sans nom, mais pour autant loin – malheureusement – d’être inhabituel. En effet, si l’Occident est tantôt dans l’année ciblé ça et là, le terrorisme est en certaines parties du monde musulman une habitude quasi-quotidienne.

L’an dernier, selon les chiffres regroupés par « The National Consortium for the Study of Terrorism and Responses to Terrorism (START) », l’Europe de l’Ouest a ainsi vu 238 de ses ressortissants mourrir en des attentats. En ajoutant les victimes en Amérique du Nord, en Europe de l’Est, en Océanie ou encore en Amérique latine, le chiffre est vite doublée. Chiffre conséquent, non pas d’ailleurs le seul fait d’organisations « islamistes », et suffisant pour plonger tout un monde dans une constante peur du lendemain. Mais en englobant le Moyen Orient, l’Afrique du Nord et sub-saharienne, ainsi que l’Asie du Sud/Sud-Est, toutes des zones majoritairement musulmanes, le nombre de victimes s’élève là à près de 34 000. Si la comparaison peut paraître sordide ou déplacée, le constat reste impressionnant et sujet à réflexion : 97% des victimes du terrorisme mondial sont musulmanes ou vivant en terre dites d’islam.

Parmi les pays les plus visés : l’Egypte donc, mais aussi la Turquie, le Pakistan, la Syrie, le Nigeria, l’Afghanistan, la Somalie ou l’Iraq. Ce dernier remporte d’ailleurs un triste record. De 2001 à 2015, plus de 49 000 personnes y sont mortes en des attaques terroristes. Il fut ainsi des années où pas un seul jour ne se passait sans qu’une bombe n’explose en un marché, une mosquée ou près d’un hôpital tuant femmes, vieillards et enfants. Pour les plus importantes attaques : le 3 juillet 2016, un minibus piégé avait déjà tué 323 personnes dans une rue du centre de Bagdad quand en 2007, deux attaques simultanées firent plus de 400 morts. Le tout longtemps alors que les Hummers et soldats américains étaient sensés garantir la loi et la paix dans la région. En Somalie, le mois dernier, c’était 358 personnes qui mourraient à Mogadiscio à la suite de l’explosion d’un camion piégé. Plus encore que celui dont nous parlons actuellement en Egypte. L’année dernière, c’était encore 1700 personnes qui furent massacrés par les hommes de Boko Haram au Nigéria et autres régions voisines. En Syrie, les attentats sont là si nombreux et sanglants que tous les recensés prendrait des heures.

L’organisation qualifiée de terroriste actuellement la plus meurtrière est aussi la plus connue : l’Etat Islamique. De 2013 à 2016, l’organisation (et ses affiliés) tua dans 42 pays différents. Si on compte quelques attentats lui étant attribués en France, comme en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis, la Turquie s’est déjà vue à elle seule, en s’arrêtant à l’année 2016, à 56 reprises attaquée par les hommes en noir… L’Afrique sub-saharienne : 257 fois ; le Moyen Orient et l’Afrique du Nord : 473 fois… Le tout ayant causé la mort de plusieurs milliers de personnes, depuis sa courte existence.

Evidemment, la notion de terrorisme est floue et idéologiquement récupérable à souhait ; elle omet bien souvent les violences perpétrées par les Etats organisés sur des populations civiles. Que seraient en effet ces mêmes chiffres si l’on prenait en compte les bombardements de Bachar al Assad en Syrie ou les attaques répétées de l’OTAN en Afghanistan, visant parfois des villages tout entier et tuant aveuglement femmes et enfants ? Ils seraient sans communes mesures beaucoup plus importants, mais l’idée ne changerait rien au constat explicité plus haut : le monde musulman reste et resterait la principale cible du terrorisme des hommes.

Renaud K.

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