L’idée d’un musulman conquérant, faisant table rase du passé en grand remplaceur et despote qu’il serait a le vent en poupe. Cette image forgée lors des croisades pour des besoins pratiques a en effet depuis l’émergence des médias récents repris bien en force. Laisser la voie libre à l’islamisation, ce serait alors faire un trait sur sa culture, renoncer à sa société et se voir imposer une Loi sans esprit et justice. La crainte est compréhensible, mais est-elle fondée pour autant ?

D’un point de vue culturel, à observer plus loin que le bout de sa frontière, l’idée semble bien étrange. En effet, comment expliquer suivant cette théorie, que les pays ayant pourtant été à une époque largement islamisé soient tous encore si différents ? Que ce soit au niveau des arts, des habitudes culinaires, de la mode, des langues comme des coutumes et habitudes locales ; presque tout – en dehors de leur religion – semble culturellement opposer le malais du bosniaque ou l’algerien de l’afghan. Ces peuples avaient bien une culture propre avant que l’islam ne les touche. L’ont-ils perdue ? Que néni. Si l’islam avait une prédisposition à l’acculturation, il n’aurait rien du subsister de l’identité de chacun et l’on aurait assisté à la formation d’un monde musulman un et unique en ses formes sans plus aucun spécifisme. Ce n’est à y regarder absolument pas le cas.

D’un point de vue sociétal, les historiens l’attestent : les conquérants arabes n’ont jamais cherché à s’imposer aux locaux. Les chefs politiques et religieux restaient, l’administration, si fonctionnelle, reprise en l’état ; et en lieu et place d’une colonisation brutale, les musulmans prenaient l’habitude de s’installer en des quartiers conçus à l’occasion. L’arrivée de ces bédouins du désert s’accompagnait aussi le plus souvent d’une baisse radicale des taxes comme des violences et pressions étatiques. Ce qui explique pourquoi leur débarquement en Espagne wisigothique ou en l’Empire Byzantin fut si facile : les sarrasins y étaient vu tels des libérateurs, des leaders tolérants et justes. Quel meilleur exemple encore que la prise de La Mecque par le Prophète de l’islam lui-même, paix et salut sur lui ?

Aussi, quand un groupe humain prend l’ascendant sur un autre, il peut se passer qu’il arrive avec sa loi. Les francs avaient ainsi la leur qu’ils imposèrent aux gallo-romains, les romains aussi, qu’ils imposerent à tout l’Empire etc.. L’islam étant aussi Loi, elle s’est en effet invitée partout où elle le pu. Mais autant l’affaire jette l’effroi dans le cœur de tout un chacun aujourd’hui, à l’époque il n’en fut rien. Pour cause, le droit musulman, qui s’opère tant sur les rites que les échanges n’avait d’effets que sur le musulman. Le chrétien, le juif, le zoroastre, avait lui ses tribunaux, ses juristes et n’avait de comptes à rendre au juge islamique que dans certains cas bien précis. Une Sharia qui s’impose telle une chape de plomb, faisant tomber têtes et mains à la chaîne ? L’idée est séduisante pour qui veut contaminer l’autre de sa peur, mais dans les faits…

Le projet est simple : le musulman convainc mais ne contraint. Il n’est pas un inconditionnel iconoclaste, un éradicateur, un destructeur de cultures et coutumes qui s’inscrit dans une logique de rupture. Il appelle, invite, reprend et ameliore. Du moins, en théorie. Car en pleine crise identitaire, cherchant à se réaffirmer face à un monde qui lui en veut et l’atteint en sa chair, le musulman moderne semble avoir toutes les peines à mener ce projet à bien, tant il s’attache à parfois réduire son islamosité à quelques apparats et positons loin d’être élémentaires. Être pédagogue et pragmatique, tout en étant accroché à un modèle que les uns jugent dépassé n’est pas chose facile, certes, mais bien possible. L’islam n’est-il pas l’universalité même, la voie de tous les espaces et de tous les temps ?

Renaud K.

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