Quand l’Islam se met au vert

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Dans l’esprit du commun, le vert et l’islam forment depuis toujours comme un couple inséparable. Si rien dans le droit islamique ne vient inviter à ce que se matérialise cette association, il semble bien que la “couleur de la vie” ait toujours eu une place toute particulière dans les rangs des Musulmans.

Le vert apparaît en effet et régulièrement tout au long de l’histoire de l’Islam. Très tôt, des récits avancent que la bannière utilisée par le Prophète Muhammad ﷺ lors de son arrivée victorieuse à La Mecque était déjà verte. Aussi, si le blanc fut comme l’atteste un Hadith sa couleur favorite, des narrations content qu’il pouvait aussi parfois porter un turban de couleur verte. En d’autres récits, il est encore su que plus tard, Ali, quatrième calife et cousin du Prophète ﷺ, eut lui aussi une certaine attraction pour le vert, on pouvait le voir porter publiquement un manteau de cette même couleur. Les Chiites et fidèles de la propagande alide ne vont d’ailleurs plus jamais dissocier le vert du quatrième Calife. Encore aujourd’hui, les représentations d’Ali et des membres d’Ahl al Bayt contiennent souvent d’importantes nuances de vert.

Aussi, le vert est, à plusieurs reprises, cité dans le Coran. Qui plus est non dans n’importe quel contexte : c’est en effet la couleur des élus du Paradis. Un verset annonce ainsi d’eux : « Ils seront parés de bracelets d’or ; ils seront vêtus d’habits verts, de soie et de brocart ; ils seront accoudés à des lits d’apparat. » Dans un autre verset : “Ils porteront des vêtements verts de satin et de brocart. Et ils seront parés de bracelets d’argent. Et leur Seigneur les abreuvera d’une boisson très pure.” Le Prophète Muhammad ﷺ nommera encore al Khidr (le vert) l’homme que rencontra le Prophète Mussa dont l’histoire est traitée dans la sourate al Kahf. Al khidr est là le symbole de l’immortalité, de la vie, devant son nom du fait qu’il ait un jour rendu verte une terre alors aride en ne faisant que s’asseoir dessus. Les jardins d’Eden sont encore selon un hadith composés, entre autres, de briques de topaze verts scellées par un ciment de musc.

Le vert étant au milieu du spectre chromatique, elle est pour beaucoup la couleur centrale, celle du juste-milieu. Islamiquement, elle pourrait être comprise ainsi comme celle de la modération, principe fédérateur et clé de la bonne compréhension de l’islam. Couleur du paradis, elle est aussi ici-bas couleur de la vie, contrastant d’ailleurs avec le désert aride dans lequel les premiers Musulmans évolueront. D’où aussi l’attrait que pouvait avoir cette couleur auprès des croyants nés dans l’Arabie profonde. Comme d’autres savants et médecins avant lui, Ibn al Qayyim, grand docte de l’islam médiéval, préconisera aussi dans sa Médecine prophétique de se laisser à observer les arbres et la verdure afin de garder ses yeux en bonne santé. Le vert sera aussi la couleur prisée des Omeyyades avant d’être régulièrement incorporée aux mosaïques présentes dans les mosquées de tout le monde musulman. Couleur ensuite du drapeau du califat chiite fatimide, elle sera encore celle des moudjahidins lors des Croisades. Les Croisés, vêtus de blanc et de rouge, évitaient d’ailleurs le port du vert pour cette raison ; il ne fallait pas être pris sur le champ de bataille pour l’ennemi et risquer de se prendre la flèche de l’un de ses confrères.

Les Sayyides, Musulmans régnant sur l’Inde au 15ème siècle chrétien, se distinguaient aussi grâce à leurs turbans verts. Plus tard, le vert devenait encore une des couleurs privilégiées par les Ottomans à l’époque des réformes (tanzimat). Ayant adopté le drapeau rouge à titre profane, ils feront du vert la couleur de leur étendard religieux reconnaissable aussi grâce à ses trois croissants de lune. De nombreuses mosquées vont à ce moment et après adopter le vert comme couleur pour leur toits et dômes. La Mosquée du Prophète ﷺ à Médine aura son dôme vert en 1256 H (1840) quand la Mosquée de Paris se teindra aussi de vert moins d’un siècle plus tard. Couleur encore du drapeau saoudien moderne sur lequel repose l’attestation de foi musulmane, elle a été plus récemment la couleur également choisie par le mouvement de résistance à Israël, le Hamas, en Palestine. Dans un autre registre, Muammar Kadhafi avait fait peindre la place centrale de Tripoli en vert pour donner le change aux Soviétiques qui avaient eux une Place rouge à Moscou. On se souvient aussi de son célèbre Livre vert, et de sa milice féminine, toute de vert vêtue. Le vert a depuis souvent été celui de bien des drapeaux nationaux des États musulmans modernes : le Pakistan, la Mauritanie, les Comores, l’Égypte, l’Algérie, l’Irak, la Jordanie, le Koweït ou le Yémen. Tous contiennent du vert à plus ou moins grande échelle.

Le vert va pour l’Islam en quelque sort jouer le rôle fédérateur et symbolique qu’a pu avoir le rouge communiste ou le bleu républicain. Quoiqu’il en soit, la couleur verte est désormais, à part plus ou moins égale avec le noir et le blanc, indissociable dans l’inconscient collectif de l’esthétisme musulman, côtoyant tout naturellement le croissant de lune comme l’étoile.

Renaud K.

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