5 ans après l’affaire Merah, le frère de Mohamed, Abdelkader, était jugé au tribunal. Après des semaines d’audiences, le jugement est tombé : 20 années de réclusion dont les deux tiers de sureté. Rien ne le reliant matériellement au final aux crime de son petit frère, l’homme n’est finalement condamné que pour « association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste ».

Déception du côté de ceux qui souhaitaient le voir écoper de plus d’années encore. L’avocate générale, Naïma Rudloff, avait pourtant requis la prison à perpétuité à son encontre, puisque « mentor de son frère ». « (Il) a fabriqué Mohamed Merah. Son rôle est déterminant dans le passage à l’acte de son frère, c’est lui qui a la connaissance des textes » avait-elle souligné dans sa plaidoirie. Grande fut la déception aussi du coté de Franck Touboul, président du Crif Midi-Pyrénées regrettant que la loi ne puisse en de pareilles situations « évoluer ». « Comment imaginer que la takia, que les méthodes de dissimulation, que toute cette entreprise d’endoctrinement puissent ne pas être assimilées à une complicité d’assassinat ? » s’était-il exclamé.

Coupable d’aucun délit passible d’une peine de prison, c’est donc du côté des opinions et intentions possibles de l’accusé que l’intention se sera portée. Abdelkader y avait pourtant été de son démenti affirmant devant les familles de victimes regretter et avoir honte des actes de son frère autant que refuser cette vision de la vie et de l’islam. Aucun lien concret de le liait non plus à une quelconque cellule terroriste. Mais Impassibles resteront les familles en question comme d’ailleurs bien des observateurs extérieurs. Voyant en lui le mal absolu, en la mère des deux hommes une génitrice de diablotins, il et elle auront été des semaines durant la cible de bien de diatribes et rumeurs. L’avocat d’Abdelkader, le célèbre Eric Dupond-Moretti, est quant à lui passé pour un grand incompris, un « méchant » personnage selon d’autres. Il aurait d’ailleurs eu le malheur de considérer la mère Merah comme une mère ayant elle aussi perdu un fils… Longuement critiqué, les enfants de l’avocat ont même été menacés de recevoir une balle dans la tête en un courrier anonyme lui étant adressé.

Jugement rendu, l’écrasante majorité des fabricants d’opinion s’illustrant en les principaux médias nationaux ont depuis fait mine d’une profonde déception à l’égard d’une justice qu’ils jugent trop faible, pas assez exceptionnelle. Islamiquement mal penser devrait pouvoir être considéré comme un délit passible des peines les plus sévères. On parlait l’an dernier « d’interdire le salafisme », de criminaliser les opinions musulmanes jugées déviantes, il faudrait selon certains se décider à franchir le pas. Le fameux délit d’association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste était une première étape, déjà utilisé dans certains précédents, notamment lors du retour de certains d’Afghanistan 15 ans plus tôt contre lesquels des preuves de leurs « crimes » ne pouvaient être réunies. Mais insuffisant, il faudrait frapper plus fort, montrer plus encore l’exemple et surtout empêcher tout potentiel « islamiste » d’en devenir un. Comment ? Les éléments incriminants peuvent être nombreux. Un dire sur les réseaux sociaux, un voyage en Egypte, un livre lu… Ou un curieux mélange d’inquisition (laïque cette fois-ci) et de Minority Report en somme.

Ce procès, déjà historique, pose de plus lucides commentateurs ainsi bien des questions. Pas seulement sur le seul cas d’Abdelkader Merah et de Fettah Malki, lui condamné à 14 ans pour avoir vendu l’arme et le gilet pare-balles à Mohamed Merah ceci selon le tribunal en connaissant sa radicalisation ; mais sur cette porte que tente peu à peu d’ouvrir l’opinion publique française et sa justice. Tous présumés coupables ? Affaire à suivre.

Renaud K.

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