Marrakech, la ville rouge

 

Surnommée la « ville rouge » en raison de la couleur de ses bâtisses, la cité millénaire située au pied des monts de l’Atlas aura connu toutes les dynasties qui firent le Maroc d’aujourd’hui.

Elle a été fondée en l’an 463 de l’hégire (1071) en plein désert du Sahara par l’un des personnages les plus emblématiques de l’Histoire du Maghreb : Youssef Ibn Tachfin. Issu d’une confédération de tribus berbère, les Almoravides, Youssef Ibn Tachfin réussi alors le pari de réunir l’ensemble du territoire couvrant l’actuel Maroc autour de la ville nouvelle devenue capitale. Prêchant un islam des plus épurés et une fidèle adhésion à l’école de droit malikite, l’homme et ses fidèles font élever mosquées sur écoles religieuses, faisant bientôt de Marrakech une ville où les étudiants se presseront pour se faire savants. Les habitants de l’Atlas comme du désert s’y rendent pour aussi s’y implanter, profitant de sa position géographique pour mieux y gagner leur vie. En effet, située sur la route reliant l’Afrique subsaharienne au nord du Maghreb, elle est l’endroit idéal pour se faire commerçant. Marrakech était ainsi vite devenue le centre commercial, politique et religieux le plus important de la région.

Le Maroc et l’Espagne n’étant séparés que de quelques kilomètres, les Almoravides prennent aussi le contrôle de toute une partie de l’Andalousie déjà musulmane. Marrakech, capitale maintenant d’un Emirat eurafricain, est directement impactée, tant les artisans de Séville et de Cordoue vont se faire un plaisir de rejoindre la nouvelle ville pour y apporter leur touche. S’additionnant aux arts architecturaux propres aux sahariens et ouest africains, la ville acquiert au gré des générations des bâtisses et palais majestueux. Aussi, pour mieux se protéger des menaces voisines, la ville est fortifiée autour de 516H (1122) à l’aide de remparts encore visibles aujourd’hui, oeuvre du fils de Youssef Ibn Tachfin, Ali.

La ville est cependant passablement ravagée lors de la chute des Almoravides quelques années plus tard. Pourtant à leur apogée, ceux-ci sont défaits par une confédération nouvelle : les Almohades. Fédérés d’abord autour d’un prétendu Mahdi, Ibn Tumart, ils s’emparent de la Cité en 542H (1147) sous les ordres d’Abd al Mumin. Ils font alors exécutés une partie des notables, soumettant le reste, et instaurent de fait un nouvel ordre qui va durer jusqu’en 667H (1269). Unitaristes hostiles au malikisme et adeptes d’une forme d’asharisme teinté de mysticité, le courant passe mal avec la population et ses doctes. Des autodafés sont même organisés, dans lesquels les on voit les oeuvres des imams malikites partir en cendre.

Mais la vie et le développement de Marrakech suit cependant son cours. Sur les vestiges des anciens palais sont érigés des bâtiments au style impeccable et encore symboliques de la Cité aujourd’hui, dont la célèbre Mosquée Koutoubia. La Casbah accueille alors la demeure d’Abd al Mumin, souverain Almohade ayant succédé à Ibn Toumert, qui pour concurrencer Fatimides (en Egypte) et Abassides (à Bagdad) se fait proclamer Calife. Surnomée plus tard la Casbah mansourienne, d’après le Calife almohade Abu Yusuf Yaqub al Mansur, un grand hôpital y est même construit, celui-là même qui fera venir le célèbre philosophe et médecin andalou Ibn Tufayl. La palmeraie de Marrakech est alors alimentée par un système d’irrigation à l’occasion perfectionné, et l’on voit à ce moment la ville comblée de grands jardins, la rendant telle une oasis en plein désert aride. Les Almohades desserrant la vis de leur rigorisme, la ville attire aussi de plus en plus de savants venus tant du Soudan que de Keirouan et d’Andalousie. Le célèbre Ibn Rushd (Averroès) s’y arrêtera entre autres.

La fin des Almohades coïncide avec la montée des Zenètes puis surtout des Mérinides, qui cependant délaissent Marrakech pour une nouvelle capitale : Fès Jdid. Les Mérénides, très actifs dans la défense du Royaume de Grenade contre les chrétiens, tenteront jusqu’en 869H (1465) de contrer les avancées européennes sur leurs côtes, mais avec difficultés. Si diverses villes gagneront en importance et en beauté sous leur règne, Marrakech, parfois en proie à certaines révoltes, n’évolue durant tout ce temps que peu. Elle attendra pour cela la venue des Saadiens, qui en 956H (1549), après avoir été gouvernée par les émirs Hintata, refont d’elle la capitale qu’elle était. Sous le sultanat d’Ahmed al Mansur ad Dhahbi, c’est le somptueux palais El Badi qui 30 ans après construit.

Voulu comme une réplique de l’Alhambra de Grenade, réalisé avec du marbre d’Italie, du granit d’Irlande et d’autres matériaux d’Inde, d’Afrique de l’Ouest et de Chine, le palais est fait pour célébrer la victoire des Saadiens contre les Portugais lors de la Bataille des 3 Rois. Sa coupole de verre faite d’un cristal translucide en avait alors émerveillé plus d’un. On y accueillait les diplomaties étrangères, qui avait dès lors reconnu l’empire Saadien, couvrant à ce moment toute une partie de l’Afrique de l’ouest, comme une puissance internationale. Ce qui en reste de nos jours ne sont cependant que des vestiges, le sultan Moulay Ismail l’ayant démantelé à la fin du 17ème siècle chrétien pour faire la Meknès que l’on connaît…

C’est en effet à la fin de ce même siècle que succède aux Saadiens les Alaouites. Si Marrakech y perd encore son statut de capitale, l’Empire chérifien va tout de même y conclure ce qui sera le 1er traité international des États-Unis, garantissant ainsi, en 1201H (1787), la paix entre les deux Nations. Quelques années plus tard, le futur État marocain se scinde en deux. Un fils de Mohammed III, Moulay Hisham, refait de Marrakech une capitale mais pour peu, son frère Soulayman réunifiant très vite le territoire du Makhzen avec à nouveau Fès comme capitale.

Marrakech revient alors sur les devants de l’actualité au début du 20ème siècle chrétien. Diverses révoltes touchent la ville, jusqu’à ce que, prétextant l’assassinat du docteur Émile Mauchamp dans la ville, la France y entre, après une guerre livrée à une farouche résistance, faisant du Maroc entier un protectorat. Durant 44 ans, Thami El Glaoui en devient, avec l’aval du Maréchal Lyautey, le Pacha et premier collaborateur d’avec les français. Ce, jusqu’en 1374H (1955), date à laquelle Mohammed Ben Youssef, déjà sultan de l’Empire chérifien, mis fin à son règne en devenant deux ans après, avec le retrait français, le nouveau roi du Maroc.

Elle est désormais l’une des villes les plus visitées du monde, particulièrement prisée de la jet set et autres entrepreneurs. 1000 ans après sa création, on y compte désormais pas loin d’1 million d’habitants.

Renaud K.

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