Ahmad Mola Nissi, fondateur du Mouvement de Lutte Arabe pour la Libération d’al-Ahwaz (ASMLA), a été en ce début de mois de novembre tué aux Pays-Bas. Il avait 52 ans. Un suspect a été arrêté, l’enquête est toujours en cours.

Al Ahwaz, c’est une province du Khuzestan, située au sud-ouest de l’Iran. Sa particularité est qu’elle est majoritairement composée d’arabes et non de perses, dont une partie est d’obédience sunnite. Occupée par l’Iran depuis 1343 de l’hégire (1925), nombreuses sont depuis les organisations de défense des droits de l’homme pointant du doigt les injustices et violences diverses que subissent les populations autochtones. La région regorge d’eau, de minéraux, de pétrole (plus de 80% du pétrole « iranien ») et de gaz naturel (2ème plus gros gisement après la Russie). Malgré ces ressources, la pauvreté y est manifeste et le chômage exponentiel (40%), pour cause, les arabes y sont tout simplement évincés du marché de l’emploi. A titre d’exemple, on observait il y a peu que la plus grande compagnie pétrolière locale n’emploie que 7 arabes sur les quelques 4000 salariés présent sur site. La malnutrition infantile y est encore de l’ordre de 50%, ce qui équivaut aux quelques pays africains les plus pauvres, quand près de 40% de la population locale n’a toujours pas accès à l’eau potable. L’eau, abondante, y est en fait drainée en direction des provinces voisines, asséchant d’entiers fleuves, contribuant largement au bouleversement de l’écosystème, empêchant par là tant la pêche que l’agriculture de se faire.

Depuis la fin de ce qui était alors un Emirat et l’exécution de leur émir Khaazal al Kaabi, c’est une véritable éradication de l’arabité de ses habitants qui est mise en pratique. La langue arabe y est interdite tant dans l’éducation que les institutions, les villes et lieux ont d’ailleurs été dès lors persianisée, et tout activisme arabo-centré est passible de lourdes peines de prison. Les prisons y sont d’ailleurs bondées, et si l’Iran est mondialement le second pays exécutant le plus de prisonniers, la province d’al Ahwaz est elle la première du pays en ce sens. Régulièrement, des arrestations ont lieu, assorties de pendaisons publiques, la tendance semblant ces dernières années s’accélérer ; Human Right Watch avait ainsi alerté de l’arrestation de 78 personnes au cours d’une rafle en avril 2015, incluant par là même des enfants. A l’image de ce qu’il se fait en Palestine occupée ou au Turkestan occupé par la Chine, les habitants sont régulièrement chassés de leurs terres pour y être remplacés par de colons iraniens, instituant de fait une véritable politique d’apartheid racial. On ne compte ainsi plus les familles en ces cas éxilées en des provinces voisines ou dormant à même la rue contraintes de faire les poubelles et vendre plastiques et métaux afin de survivre. inutile de préciser que la pratique « publique » de l’islam sunnite, y est tant réprouvée que parfois sévèrement condamnée.

Désireux d’obtenir l’indépendance, de nombreux mouvements politiques s’étaient avant la Révolution islamique de 1979 constitués. Tentant le dialogue, ils avaient fait nombre de demandes qui furent tout bonnement rejetées dès le renversement du Shah. Quelques mois après, la province tomba même sous le joug de miliciens armés, qui s’appuyant sur une fatwa de l’ayatollah Khomeney, tuèrent en un « Black Wednesday », le 29 mai 1979, des centaines d’arabes ahwazis. Depuis, la situation n’a fait qu’empirer, divers groupes armés se sont d’ailleurs constitués. Inaudibles politiquement et invisibles aux yeux de la communauté internationale, les attentats visant les institutions et personnalités politiques iraniennes se sont multipliées. Deux membres des Gardiens de la Révolution avaient ainsi été assassiné au début de cette année 2017. Participant à l’intensification des tensions entre iraniens et arabo-saoudiens, le gouvernement chiite dit aussi avoir de lourds soupçons quant à l’implication de l’Arabie saoudite dans le financement des groupes séparationistes sunnites locaux. Certains avancent même que les Etats-Unis y prendraient part.

L’assassinat d’Ahmad Mola Nissi, un attentat politique ? La question de l’indépendance kurde mobilisant actuellement les attentions, nous ne sommes pas prêts d’en avoir une réponse ; les ahwazis, eux peuvent aussi et encore attendre, tant ils ne semblent intéressés que peu de monde. A suivre.

Renaud K.

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