Les Ouïghours, ou l’Islam en Chine

Les Ouïghours sont des Turco-mongoles, Musulmans, s’étant sédentarisés dans la région du Turkestan oriental aujourd’hui colonisée par la Chine.

Si on entend parler d’eux déjà avant, on reconnaît l’existence d’un premier État ouïghour au centre de l’Asie à l’époque de la fameuse bataille de Talas opposant Musulmans et Chinois en 133 de l’hégire (751). Peu touchés par ce conflit voisin, les Ouïghours gèrent alors un Khanat puissant et efficace. Encore peu touchés par l’islam, ils embrassent d’abord en masse le manichéisme. 

Contraints à migrer après une bataille face aux Kirghizie, les Ouïghours s’installent dans la moitié du 9ème siècle chrétien dans une région appartenant à ce qui sera le Turkestan plus tard. Maîtres de la région jusqu’en 683 H (1284), ils troquent leur nomadisme pour la sédentarité. Se mêlant aux populations indo-européennes locales, les Ouïghours s’ouvrent là au bouddhisme et au christianisme nestorien, jusqu’à avoir de reconnus religieux dans leurs rangs. Ainsi, lorsque les Ouïghours font allégeance à Gengis Khan en 605 H (1209), c’est un de leurs évêques, Rabban Bar Sauma, qui est envoyé en diplomate aux rois Philippe IV et Édouard 1er. 

L’islam s’introduit peu à peu chez les Ouïghours au gré des contacts avec les Turcs. Les Ouïghours se divisant en plusieurs groupes, les Qarakhanides sont les premiers parmi eux à embrasser l’islam. Occupant l’Asie centrale pendant plus de deux siècles, ils vont par ailleurs lancer de réguliers raids contre les Bouddhistes voisins, religion d’autres Ouïghours aussi, jusqu’au début du 13ème siècle chrétien. Vers 720 H (1320), le gros des Ouïghours va passer sous l’autorité des Djaghataïdes, une dynastie mongole et musulmane; c‘est à ce moment que les Ouïghours se convertissent massivement à l’islam, principalement sous l’effet de prédicateurs soufis naqshbandis. 

Au 16ème siècle chrétien, ils se réaffirment sur la scène internationale en se rangeant derrière une famille de religieux influents, les Makhdumzada Khodjas. Désignés comme des descendants du Prophète , ils vont redonner aux Ouïghours une existence politique notable. Reconquis plus tard par un État voisin et nouveau, le Djoungare, les Ouïghours sont finalement inquiétés par la Chine. Dirigée par la dynastie mandchoue des Qing, la Chine va, au milieu du 18ème siècle chrétien, se lancer dans ce qui sera la définitive conquête de leur territoire. 

Définitive ? Pas tout à fait. L’occupation mandchoue du Turkestan va en fait durer 103 ans, ceci jusqu’en 1278 H (1862). En un siècle, les Chinois auront en fait eu à faire avec une quarantaine de révoltes Ouïghours; la dernière leur ayant permis de chasser les colons et rebâtir leur royaume. Un royaume musulman et qui pour le coupssera reconnu officiellement des Russes, Ottomans comme des Britanniques. Mais ces derniers, craignant l’avancée des Russes en ces terres, offrent aux Mandchoues l’argent nécessaire à leur revanche militaire. Le Turkestan oriental est finalement reconquis par les Chinois en 1301 H (1884).

Se soulevant encore et régulièrement, notamment après la proclamation de la République de Chine, ils vont lutter jusqu’à réussir à se constituer une République islamique du Turkestan oriental peu avant la Seconde Guerre mondiale. Régie par la Shari’a, l’Etat islamique des Ouïghours aura tenu quelques années et eu son émir en la personne de Mehmet Emin Bughra. Face à la violence de l’Etat chinois, les Ouïghours sont aussi parfois aidés par les Hui, Musulmans chinois voisins, tolérés par le régime. Combattus encore par les Soviétiques, ils réussiront une dernière fois à se faire autonomes durant la Seconde Guerre mondiale avant d’être une énième fois défaits en 1368 H (1949). Dès lors, les Ouïghours ne sortiront plus jamais du joug chinois, devenu depuis communiste. 

Région riche en minerais, pétrole, gaz, charbon et uranium, la Chine s’est fait depuis une priorité que de « pacifier » la région. Arrestations d’imams, meurtres de militants, l’Etat communiste va régulièrement réprimer dans le sang les diverses manifestations ouïghours. En 1417 H (février 1997), les forces de l’ordre vont ainsi tirer dans une foule réclamant la libération d’imams, faisant 170 morts, arrêtant plus de 5 000 personnes. Sept d’entre eux seront en public exécutés d’une balle dans la nuque avant d’être exhibés au milieu des badauds. Les rafles sont parfois ubuesques. Un an plus tôt, 10 000 hommes et femmes étaient arrêtés; accusés de sédition, les uns sont exécutés, les autres enfermés à perpétuité.

Avec le 11 septembre 2001, les mesures islamophobes se sont intensifiées : rasage de la barbe tantôt imposé, campagnes anti voile, prêches censurés, viande halal interdite, jeûne du moi de Ramadan proscrit, etc… En réaction, des cellules clandestines militantes, parfois violentes, se sont ainsi constituées, faisant parfois de meurtriers attentats contre l’occupant chinois. Ayant rejoint les Talibans, certains Ouïghours seront même retrouvés dans les rangs d’Al Qaïda ou de l’EI en Irak et en Syrie. 

Présents du Kazakhstan à la Turquie, les Ouïghours sont plus de 10 millions encore à vivre au Turkestan annexé par la Chine. Du soufisme au salafisme, les Ouïghours sont religieusement multiples. Politiquement effacés, ils sont parmi les peuples de l’islam les plus méconnus et oubliés du monde. Laissés à leur compte, des expatriés ont fondé en 1424 H (2004), à Washington, un Gouvernement en exil du Turkestan oriental, pourvu d’une constitution et d’un premier ministre. La Chine, elle, occupée à peuplée le Turkestan de Hans, l’ethnie chinoise majoritaire, ne semble pas prête à faire dans la concession. 

Fin 2018, la Chine, acculée par les preuves, a même dû avouer détenir près d’un million d’entre les Ouïghours dans des camps de concentration, où, sous couvert de lutte contre le radicalisme musulman, ils sont sommés, sous eos coups et les privations, d’abandonner ce qu’il leur reste d’islamité.

Renaud K.

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