Le voile d’hier et d’aujourd’hui

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Il est couramment répété par les uns, à chaque regain voilophobique touchant les sociétés sécularisées, que le voile islamique ne serait qu’une affaire de prosélytisme réactionnaire, marque d’un zèle religieux nouveau. Pour (entre autres) preuve : des clichés en noir et blanc pris à Alger ou Kaboul dans les années 60′ et 70′. Ceux-ci montrent en effet de vigoureuses jeunes femmes, en jupes courtes et cheveux au vent, passant au milieu des badauds sans que ça ne pose de problèmes. D’autres anciens soldats français envoyés « pacifier » l’Algérie l’attestent encore : « il n’y avait pas de femmes voilées en notre temps dans les rues d’Alger ! « . Ferions nous face à une spectaculaire régression dans les mœurs ?

Réduire le monde musulman d’avant à quelques villes et à cette seule époque (marquée par le colonialisme et l’entrée dans la mondialisation) est déjà un procédé curieux ; mais il est surtout là question d’omettre les 13 siècles d’Islam précédents. Pourtant, il n’y a qu’à se plonger dans les chroniques et récits de voyages des uns ou dans les textes philosophiques ou d’ethnologie des autres pour se rendre compte d’une chose : la femme musulmane d’avant était unanimement décrite comme voilée, souvent même sans que l’on ne voit son visage. L’image que renvoyaient ces femmes d’elles à ces étrangers rêvant d’Orient avait même de quoi frustrer l’œil intéressé. Et certains ne s’empêchaient pas d’en faire part à leur lecteurs. Aussi, les peintres orientalistes, quand ils ne font pas dans l’imaginaire et dans le nu, vont aussi régulièrement mettrent sur toile et en couleur ces femmes – voilées- croisées au détour d’une rue ou se reposant sur la terrasse de leurs maisons.

Citer ici les auteurs occidentaux ayant fait l’observation de ce vêtement serait long et fastidieux. Ceci étant, de nombreux autres clichés ont été pris, de la fin du 19ème siècle chrétien au milieu du siècle suivant, montrant nombre de femmes musulmanes dans leur plus pudique appareil. Du Maroc à l’Egypte, de la Turquie à l’Afghanistan, de l’Algerie sous domination française à la Bosnie occupée par les Nazis ; ces femmes capturées en image sont autant d’éléments nous montrant que se couvrir ainsi n’est ni nouveau, ni le fruit d’un « fascisme vert », encore moins la main visible d’une conspiration pavant la route à un « grand remplacement » imaginé par quelques conspirationnistes.

Renaud K.

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