Après avoir traversé une révolution sanglante ayant expulsé Muhamar Kadhafi – dont la participation de certains est de jour en jour mise plus en lumière – la Libye semble toujours dans le chaos le plus total. En proie aux effusions de sang et à la misère, elle est devenu le terreau de nombreux groupuscules terroristes ayant profité de la situation pour y trouver refuge.

C’est dans ce contexte terrible que le monde découvre ces images : des hommes jusque-là libres, sont asservis et vendus en enclaves. Et ce, parce que migrants, parce que noirs. Si l’objectivité doit être mot d’ordre, le problème est double, d’autant qu’il n’est pas nouveau. Déjà, nous ne pouvons que faire le constat de la persistance d’un racisme profondément ancré en certaines couches de la société arabe à l’égard du noir, aussi même envers d’autres groupes ethniques. Par extrapolation, il suffit d’observer la traite de pakistanais, bengalis, égyptiens et autres ayant cour en Arabie Saoudite et plus largement dans tout le Golfe. Ou encore en Mauritanie, nation la plus tardive dans l’officielle abolition de l’esclavage, où la ségrégation et les travaux forcés sont encore bien visibles. Racisme et suprématisme n’ont donc pas de frontières. L’orgueil d’être le peuple à qui le message a été révélé ?

Pourtant, et toute l’ironie est ici, si de nombreux facteurs rentrent ici en jeu, il s’agit là de la cruelle manifestation d’une délitescence générale des valeurs islamiques où elles devraient pourtant être les plus fortes. Effectivement, nulle personne étant fermement attachée à sa foi, ici musulmane, ne devrait pouvoir cautionner ce type de comportement et d’actes. Certains diront qu’il n’y a pas besoin de religion pour avoir à condamner ce genre de chose. Certes. Mais l’islam rompt dans sa Loi même l’ensemble de ces barrières, incitant tant à l’entre-connaissance qu’au refus de la servilité humaine. L’esclavage, largement présent à l’époque de la Révélation, ne fut certes pas explicitement et islamiquement aboli dans le Texte ; mais tout y fut fait pour inviter l’Homme à s’y refuser. Quel meilleur exemple que la parole du Prophète ﷺ qui a déclaré lors de son sermon d’adieu la chose suivante :

« Ô les hommes ! Celui que vous adorez est un, et votre père est un. Pas de supériorité à un Arabe sur un non-Arabe, ni à un non-Arabe sur un Arabe, ni à un blanc sur un noir, ni à un noir sur un blanc. La seule supériorité qui compte [auprès de Dieu] est celle de la piété. Ai-je transmis le message ? » (1)

Nonobstant le nombre d’exemples, il est nécessaire de rendre compte de l’universalité de l’islam en ce contexte. Mais que l’Homme noir ne se méprenne pas, le problème n’est pas aussi conséquent que ne le laissent penser les images. Les médias enflent forcément le phénomène, poussant maladroitement à l’exportation du problème jusqu’en nos quartiers en France. Les mosquées ont là tout leur rôle à jouer. Le message doit passer. Le soutien doit être total, le retour à la piété immédiat. Non à l’esclavage, non au racisme. L’annonce est peut-être en la forme simpliste et redondant, mais semble-t-il toujours autant d’actualité. Fais tous d’os, de chair, de sang et de ce que nous savons, qui peut donc se prétendre épidermiquement supérieur ? Et qui plus est penser pouvoir réduire un homme libre à la servilité en raison de son enveloppe… Nul doute, aucune différence entre les Hommes sauf en piété. Un Homme s’élève par son esprit, sa foi, non par sa couleur, sa patrie ou son groupe ethnique.

D’après Abu Harayrah, le Prophète ﷺ a rapporté le hadith qudsi suivant : Allah Le Tout-Puissant a dit : Je serai l’adversaire de trois catégories d’hommes le Jour du Jugement : un homme qui jure par Moi et brise son serment, un homme qui a asservi un autre homme en esclave et l’a vendu, un homme qui a employé un ouvrier, a exigé son dû en totalité et ne l’a pas payé [de son travail]. (2). L’affaire est donc sérieuse. Et plus que sérieuse sera l’affaire de ceux ayant fait la Libye d’aujourd’hui…

Ammar G.

(1) Ahmad, n° 22 978, authentifié par al-Arna’ût : bas de page sur Zâd al-ma’âd, 5/158]
(2) Al-Bukhari, 21ème hadith qudsi (aussi rapporté par Ibn Majah et Ahmad ibn Hanbal).

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