Irak, Highway of death

Dans la nuit du 11 au 12 cha’ban de l’année 1411 de l’hégire (26 au 27 février 1991), les Américains, investis dans la Guerre du Golfe contre l’Irak, vont alors produire un véritable carnage. Sur le repli, renonçant à son entreprise d’envahir le Koweït, l’armée de Saddam Hussein empruntant l’autoroute reliant le Koweït à l’Irak est littéralement écrasée sous les bombes. Le bilan sera lourd : si les autorités américaines n’y verront que quelques centaines de morts, 10 000 à 25 000 y ont été comptés par d’autres.

Seulement 10 jours plus tôt, 29 pays, parmi lesquels le Canada, la Belgique et quelques pays arabes, envahissaient l’Irak. Bouter les soldats de Saddam du Koweït était l’objectif avoué. Afin de faire plier le régime baathiste, la coalition va alors larguer plus de 250 000 bombes, en un peu plus d’un mois, sur l’ensemble de l’ancienne Mésopotamie. Par cette action, l’Irak est en seulement quelques jours ramené à son ère pré-industrielle ; l’économie est détruite, les villes sont ravagées, les infrastructures réduites à néant.

Face à ce déluge de feu, Saddam comprend très vite qu’il va devoir abandonner ses projets et ordonne à son armée de quitter le Koweït pour Bassora et Bagdad. Mais les Américains ne l’entendent pas de cette oreille. Refusant d’observer passivement ce retrait général, ils vont alors prendre une décision qui fera date : lancer une attaque sur le convoi par les airs afin de détruire les forces irakiennes. L’autoroute 80 reliant les deux pays est alors empruntée par le convoi. Mais très vite, face à l’afflux de monde, un embouteillage se forme rendant impossible toute circulation. Qui plus est, aux soldats se sont ajoutés des milliers de civils, irakiens ou pro-irakiens du Koweït, hommes d’affaires et simples travailleurs.

Au moment où l’US Air Force arrive sur les lieux, ce sont alors des milliers de véhicules qui stationnent sur et aux abords de la route. Sans attendre et sans sommation, l’avant du convoi est ciblé et bombardé. Nous sommes en pleine nuit et le gros de la garde républicaine et de l’armée régulière est anéantie sans même qu’il n’y ait de ripostes. Ceux pas encore touchés par les bombes tentent alors une fuite sur les côtés de l’autoroute. Mais les Américains avaient au préalable pris le soin de miner le terrain empêchant toute fuite possible. Le résultat sera dramatique : les hommes et véhicules sont par centaines déchiquetés dans les explosions.

La situation « pacifiée », les soldats américains se rendront sur le site une fois le soleil levé. Le carnage est alors total. Les quelques photographes présents prennent des clichés qui vont bientôt bouleverser une partie de l’opinion publique. Des corps calcinés y côtoient d’autres démembrés, quand des véhicules encore en feu laissent apparaître des hommes y brûlant encore à l’intérieur. Si certains survivants ont pu fuir, les GI’s retrouveront près de 2 000 civils et militaires sur place qu’ils transforment en captifs. Sous le choc, ils s’étaient réfugiés dans des tranchées patientant entre les bombes. Aussi, afin de rendre l’autoroute plus « propre », des bulldozers sont rapidement réquisitionnés afin de recouvrir de sable les corps des défunts ou ce qu’il en restait, créant de multiples charniers ça et là.

Les images faisant déjà le tour du monde, l’ agression américaine est dès lors fortement critiquée. En pleine violation de la Convention de Genève de 1949, notamment de l’article 3, on accuse déjà l’armée américaine de crime de guerre. Des officiels de l’armée aux ordres de Georges W. Bush iront même jusqu’à déclarer ne jamais avoir vu ça. Une telle horreur ? Pas même au Vietnam diront ils. Sous pression, le seigneur de guerre américain se voit contraint de déclarer aussitôt la fin des hostilités. Des bombardements, plus sporadiques, auront tout de même encore lieu, mais officiellement la guerre n’était plus.

Suite à cela, le Conseil de sécurité des Nations Unies va tout de même décider de mettre en place un embargo des plus drastiques, empêchant la libre circulation des biens de consommation comme des médicaments sur le sol irakien. Il sera en application douze années durant, jusqu’à la chute du président Saddam Hussein lors de la seconde Guerre du Golfe. De ces agressions et embargo, l’Iraq ne se relèvera jamais. Au-delà du bilan humain, chiffré à plusieurs centaines de milliers de morts sur toute la période ayant précédé la chute de Saddam, le coût de la seule première Guerre du Golfe a été estimé à 676 milliards de dollars.

Renaud K.

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