Né en 394 de l’hégire (994) d’une famille de nobles de Cordoue, Ali ibn Said ibn Hazm al Zahiri est l’un des doctes de l’islam ayant le plus marqué l’histoire de l’Espagne musulmane.

Auteur d’une centaine d’ouvrages et épitres, il est encore à ce jour aussi l’un des plus discutés. Pour cause, s’étant écarté des écoles de jurisprudence et de croyance alors en cours en cette Espagne musulmane, il s’était fait connaître au travers de fatawas des plus étonnantes. Ceci au travers d’une école juridique quasi disparue plus tôt nommée zahirite. Seul en sa démarche, d’un littéralisme intransigeant, il rejetait massivement l’usage de l’induction, de la déduction ou encore celui de tout autre outil philosophique dans l’étude du Texte. Le Texte, ibn Hazm le prenait à la lettre, l’appréhendant comme un objet contenant toute sa vérité sans qu’il ait besoin d’être justifié. Se référant presque qu’aux seuls compagnons, il s’était fait d’un même élan très critique des savants et juristes suivants. Ces derniers n’avait ainsi pas hésités en retour à parfois refuser l’entièreté de ses travaux.

Aussi, servant un temps comme son père le Califat Omeyyade en déclin, il assista à sa lente mort et aux ravages de la Reconquista. C’est l’époque des « taïfa », entités multiples se faisant la guerre en lieu et place de s’unirent face à l’ennemi chrétien. Acerbe et sans concessions, sa plume lui vaudra d’être emprisonné et banni par les autorités. De ces gouverneurs se détournant alors de la Shari’a et du Jihad, il aura les mots les plus durs : « S’ils apprenaient que dans l’adoration de la croix il y avait de quoi faire marcher leurs affaires, ils s’empresseraient de se convertir. Nous les voyons rechercher l’aide des chrétiens et permettent à ceux-ci de s’emparer des femmes des musulmans, de leurs enfants et de leurs hommes, emmenés en servitude dans leurs pays. Que de fois leur cèdent-ils des villes et des places-fortes, dont les chrétiens chassent l’Islam et qu’ils peuplent de cloches! Qu’Allah les maudisse tous! Qu’Il leur afflige le châtiment avec l’un de ses sabres » (1)

À côté de sa carrière de militant et réformateur, il se fit aussi, bien que très critique à l’égard de certains d’entre eux, poète et psychologue avant l’heure. « Tawq al-hamamah » (Le collier de la colombe), écrit en exil, sera souvent considéré comme l’ouvrage le plus emblématique ayant été écrit dans le monde musulman sur l’amour et l’affection humaine. Ces ouvrages en la matière sont même très appréciés encore aujourd’hui par les amoureux de littérature médiévale.

L’imam al-Dhahabi, dans la biographie qu’il rédigera à son sujet n’hésitera pas à le qualifier d’imam « hors de pair (…) océan de sciences et de disciplines (…) juriste (…) maître de hadith, savant de kalam, homme de lettres, ministre Zahiri et auteur prolifique ». Aussi exégète, historien, biographe du Prophète, paix et salut soient sur lui, comme des califes de son temps ; ou encore auteur en médecine et comparateur en religion, ibn Taymiyya disait de lui que personne ne pouvait le concurrencer en terme de raisonnements logiques. Il quittera ce monde à l’âge de 72 ans, en 456 de l’hégire, alors toujours en exil… Puisse le Seigneur lui faire miséricorde et l’accepter à Ses côtés.

Renaud K.

(1) http://www.nawa-editions.com/lislam-militant-passe-et-pres…/

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