Ibn al Haytham, 1er des scientifiques ?

Connu en Occident sous le nom d’Alhazen, son nom résonne encore comme l’un des plus grands savants de ce monde. Mathématicien, ingénieur, physicien, astronome ou philosophe, c’est surtout pour ses travaux sur l’optique que le monde savant lui est encore redevable. Aussi, établissant une véritable méthodologie en ses travaux, il aurait été en soit le 1er scientifique reconnu comme tel de l’Histoire.

Né à Bassora en Irak en 354H (965) et évoluant à Bagdad, il grandit dans un monde dominé par les chiites, qui avec les Bouyides, sont à la tête toute la Perse et ses alentours. Fréquentant les cours donnés à la mosquée, il se tourne très tôt vers les écrits d’Aristote et d’autres philosophes, mais si les sciences théoriques et spéculatives l’intéressent, il se découvre un intérêt beaucoup plus certain pour les savoirs plus pratiques. Parcourant les traités des Grecs Euclide, Archimède ou Ptolémée, ce sont les mathématiques qui le gagnent. Parce qu’appartenant à une famille de notables de Bassorah, l’homme est en parallèle nommé après le décès de son père comme ministre. Des finances ou dans l’ingénierie civile ? Les sources divergent. On sait en tout cas qu’il écrivit des traités en ces deux domaines. Son intérêt pour les canaux et la gestion des eaux vont d’ailleurs l’amener à être remarqué par le calife chiite et Fatimide al Hakim, qui le fait appeler à résoudre les problèmes liés à la maîtrise des crues du Nil en Egypte. Sur place, en 402H (1011), ses observations lui font cependant réaliser que le projet s’avère impossible. Craignant la colère de ce calife connu pour son despotisme, il feint la folie afin de bénéficier de sa clémence. Finalement assigné à résidence, il profite de son temps libre pour lire, et surtout écrire. Tous les sujets sont abordés : la médecine, l’astronomie, les mathématiques. Ceci jusqu’à la mort de calife al Hakim en 412H (1021), date à laquelle il peut enfin sortir de chez lui et entamer son voyage le menant jusqu’à l’Andalousie pour après revenir au Moyen-Orient.

Après plusieurs années de travail, c’est son Traité sur l’optique qui est rendu publique. Son livre est alors une révolution : il y prouve pour la 1ère fois la théorie de l’intromission d’Aristote selon laquelle la lumière entre dans l’œil, et non le contraire. Jusqu’ici, il était en effet courant de penser l’œil émettant la lumière, façonnant en quelque sorte les objets apparents. Pour al Haytham, le seul fait qu’une lumière directe puisse blesser l’œil était déjà la preuve qu’elle nous était étrangère, mais plus que d’affirmer ses thèses, ils les prouvent. Il va notamment pour cela utiliser une chambre noire, procédé pour l’époque curieux et dont on lui doit l’invention. Se spécialisant en optique, étudiant l’œil et la lumière, il est le premier à réaliser une description anatomique et détaillée de l’œil. Travaillant sur la mécanique du mouvement, il affirme ce que Galilée et Isaac Newton prouveront plus tard : un objet en mouvement continue de bouger aussi longtemps qu’aucune force ne l’arrête. Toujours en optique, il trouve solution à un problème connu sous le nom de problème du billard d’Alhazen, sans pour autant réussir à mathématiquement l’énoncer. Léonard de Vinci s’y frottera, le problème sera finalement résolu seulement en 1418H (1997) par un professeur d’Oxford.

Sur les 200 ouvrages lui étant attribués, seule une cinquantaine nous est parvenue. Dans son Al-Shukuk ‛ala Batlamyus, il se permet alors de mettre en doute bien des idées de Ptolémée dans les domaines de l’astronomie et la cosmologie. Il prouve aussi que la lumière émise par la Lune provient du Soleil, et traita de l’attraction des masses, si justement que certains contemporains pensent qu’il connaissait l’accélération gravitationnelle. Ailleurs, il va résoudre des problèmes mathématiques jusqu’ici non-résolus, découvrir des formules. Considéré comme l’un des pionniers de la psychologie expérimentale, il est surtout connu et présenté jusqu’à présent comme le véritable père des scientifiques. En cause : une méthode qu’il est le premier à mettre en place destinée à vérifier et valider une théorie définie. En somme, elle consistait à observer, énoncer sa problématique, formuler son hypothèse, tester celle-ci en usant de l’expérience, interpréter les données de cette dernière et en publier les conclusions. 1000 ans plus tard, la méthode n’a guère changé.

Moins de deux siècles après leur parution, ses travaux seront traduits en latin et en hébreu et déjà étudiés dans les plus grandes universités médiévales européennes. Plus tard, Roger Bacon ou Johannes Kepler n’hésiteront pas à la nommer directement dans leurs travaux, et l’on sait Descartes avoir été grandement influencé par sa méthodologie scientifique. Ses travaux sur les lentilles grossissantes et les miroirs vont aussi poser les fondements nécessaires au développement tant du télescope que du microscope bien après.

Mort au Caire en 430H (1039), encore admiré dans bien des cercles savants, un cratère lunaire ainsi qu’un astéroïde portent encore son nom.

Renaud K.

Pour en savoir plus :

http://www.newworldencyclopedia.org/entry/Ibn_al-Haytham#Scientific_method

https://www.universalis.fr/encyclopedie/ibn-al-haytham/

https://www.amazon.com/Ibn-Al-haytham-Scientist-Profiles-Science/dp/1599350246

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