Du (long) printemps arabe d’Algérie

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Le 11 janvier 1992 allait démarrer en Algérie ce qui allait devenir l’une des guerres civiles les plus tragiques de cette fin de 20ème siècle grégorien.

En ce jour, le régime militaire algérien réalisait son coup d’Etat annulant les élections législatives en cours, tentant par là de reprendre en main une nation qu’ils voyaient leur glisser entre les doigts. Pour cause : le Front Islamique du Salut était sorti en grands vainqueurs avec près de 48% des voix obtenues (188 sièges sur 430) dès le 1er tour au 26 décembre 1991. Face à un FLN qui n’obtient plus que 15 sièges, le FIS frôle la majorité absolue. Pour les laïcs, dans la presse comme dans les milieux intellectuels, c’est le choc. La démocratisation de l’Algérie doit-elle nécessairement passer par sa ré-islamisation ? La réponse sera non du côté de l’armée. Celle-ci annule dès lors le 2nd tour et investie les rues d’Alger avec ses chars.

Les tensions étaient déjà grandes avant même que les bureaux de vote n’ouvrent. Dès l’hiver 1988, l’Algérie avait en quelque sorte déjà vécu son printemps arabe avant les autres. Des manifestations dans tout le pays avaient été violemment réprimées, faisant alors plusieurs centaines de morts, poussant le président Chadli à réviser la Constitution et autoriser le multipartisme. C’est là que le FIS se forme et qu’une véritable campagne de ré-islamisation des mœurs est menée par ses partisans. Le parti islamique remporte même les premières élections locales de l’histoire du pays, avec 54,2% des suffrages exprimés. La volonté de créer un État islamique à terme est envisagée, poussant les plus laïcisés des Algériens à manifester en masse contre le jeune parti. Le ton durcit d’autant plus avec le gouvernement qui perçoit la menace. De grèves en manifestations, un 1er état d’urgence est déclaré le 5 juin 1991 pour une durée de 4 mois. Alger est pendant ce temps devenu le cœur des mouvements protestataires jusqu’à ce que l’armée vienne en déloger les partisans et arrêter les leaders. C’est donc dans un climat des plus tendus que les élections législatives ont lieu quelques mois plus tard.

Après la victoire du FIS et le coup d’état de l’armée, le pays voit son président démissionner. Le Haut Comité d’Etat reprend les rennes et place Mohamed Boudiaf, alors exilé au Maroc, à la tête de l’Etat. Après un nouvel état d’urgence proclamé le 9 février 1992, le FIS est finalement dissous le 4 mars suivant. Des milliers d’arrestations suivent, les uns et les autres internés en des campements en plein Sahara. Malgré les appels au calme lancés par le leader du FIS, Abdelkader Hachani, une loi antiterroriste est votée en addition à des tribunaux spéciaux. La condamnation à 12 ans de prison des anciens leaders Abassi Madani et Ali Belhadj fait basculer l’opposition dans la radicalité. Mohamed Boudiaf est même un peu plus tôt assassiné, remplacé par Ali Kafi, jusque-là secrétaire général de l’organisation nationale des Moudjahidines.

C’est à ce moment la naissance du GIA, organisation majeure du conflit, à la fois la plus violente comme la plus infiltrée par les services de sécurité algériens. Le FIS se militarise aussi en créant l’AIS. En 6 mois, le pays bascule dans la plus totale des guerres civiles qui jusqu’en 2002 fera plus de 100 000 morts. Les deux anciens leaders du FIS seront finalement libérés en 2003, Ali Belhadj interdit de quitter le territoire et retournant ensuite en prison, Abassi Madani le quittant pour l’Arabie Saoudite puis le Qatar.

Renaud K.

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