Depuis des semaines, les journaux français se délectent à conter l’initiative de ces milliers de jeunes filles décidées à se dorer la pilule en bikini sous le soleil des plages algériennes.

Une première baignade aurait eu lieu à Annaba, au début de l’été. Suivies d’autres. Plus tard, ce sont plus de 3000 femmes, via un groupe Facebook « fermé », qui se seraient décidées à s’exposer en leur plus bel appareil sur les plages de Kabylie plus à l’ouest. Des baignades modestement nommées « républicaines » par quelques militants laïcistes hexagonaux voyant en ces dames l’avenir d’une Algérie débarrassée de « l’islamisme ». L’idée : imposer la vue du maillot deux pièces afin de le faire mieux rentrer dans les consciences, et faire front à la morale!

Sauf que, le bikini n’y est déjà pas interdit, il est même tantôt très courant. Mais mieux que ça, de « baignades républicaines » il n’en fut absolument rien. Nulle vague de femmes en petite tenue ne déferla sur le sable méditerranéen d’Algérie… Kamel Medjdoub, travaillant pour le journal El-Watan est formel : « Aucune baignade républicaine n’a eu lieu ». Le provincial, journal bonois ayant le premier parlé de l’affaire est aussi revenu sur la polémique. L’auteure de l’article initial, Lilia Mechakra, a elle-même estimée que ses propos avaient été déformés, se dédouanant ainsi des versions tournant sur les réseaux sociaux et autres.

Selon les membres du groupe Facebook en question – bien réel – il aurait simplement été question de pouvoir se donner rendez-vous sur la plage en petits groupes ça et là afin d’éviter d’y être importunées par de jeunes dragueurs maladroits. Mais qu’à cela ne tienne, il n’en fallut pas plus pour quelques friands journalistes et militants libertaires pour se lancer en une énième polémique sur fond d’islam et de maillot de bain. Comme le vrai n’est pas dans leurs critères de sélection des informations, une seule photo sans légende circulant sur Twitter aura ainsi été jugé suffisant pour prouver tout leur récit.

Pour Yamina Rahou, sociologue au Centre algérien de recherche en Anthropologie sociale et culturelle, toute cette affaire ne fut rien d’autre que le « fantasme des médias étrangers, français en particulier, pour meubler l’été après le feuilleton du burkini ». L’affaire est d’autant plus curieuse que bien d’initiatives populaires et admirables ont cours en Algérie, cette fois bien effectives, qui pourtant n’inspirent aucun papier. Et puis, faut-il aussi rappeler que se mettre ou non en bikini sur la plage est bien le dernier des soucis de bien des algérien(ne)s sur le terrain. Mais pour s’en rendre compte, faudrait-il aussi déjà s’intéresser à ces dernièr(e)s autrement que quand ça arrange sa petite personne. Un brin sélectifs, nos croisés du maillot de bain?

Renaud K.

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