En 1216 de l’hégire (1801), les États-Unis, alors jeune nation de seulement quelques années, entame déjà sa 1ère guerre. Si le fer aurait pu se croiser avec l’une des grandes puissances européennes avec qui elle est à ce moment en pleine compétition, c’est pourtant et déjà avec le monde musulman que la chose se fera.

Le contexte est le suivant : depuis plusieurs siècles, les violences entre chrétiens et musulmans en mer Méditerranée sont récurrentes ; chacun y allant de ses razzias et captures d’hommes. Répondant d’abord aux attaques des croisés ibériques souhaitant dépasser l’Espagne pour le Maghreb, ou s’alliant avec les uns contre les autres, les musulmans se rendent aussi rapidement maîtres de la mer après le 16ème siècle grégorien. Partant des villes d’Afrique du nord, ils capturent les navires chrétiens ne payant pas le tribut ou attaquent les côtes les plus proches (Sicile, Malte, Italie, France, Espagne, Corse). Naviguer en Méditerranée est donc risqué. Le détroit de Gibraltar libéré du blocus portugais, les corsaires musulmans investissent aussi l’Atlantique alors lieux de tous les échanges et depuis peu occupé aussi par les jeunes américains.

Ces derniers sont alors en cette fin de 18ème siècle une cible nouvelle pour ceux qu’on nomme les barbaresques. Mal défendus, ils sont rançonnés, l’équipage parfois capturé, les navires confisqués. En 1209H (1795), le dey d’Alger exige même du gouvernement américain la construction d’un navire de guerre au lieu d’un tribut. Ce qu’il accepte. Mais au même moment, désireux d’inverser le rapport de force, le Congrès fait voter la création d’une marine de guerre. Investissant la Méditerranée, ils se refusent dès lors à payer tribut aux autorités musulmanes. En 1216H (1801), la réponse est immédiate : Tripoli déclare la guerre aux États-Unis.

Jusqu’en 1220H (1805), américains et musulmans relevant du califat ottoman sont en conflit ouvert. Sous l’initiative du président Thomas Jefferson, une puissante flotte américaine est envoyée vers les côtés libyennes. Les Marines mettent alors en déroute les forces musulmanes, imposant ensuite un ferme blocus. Mais les heurts perdurent. En 1218H (1803), le puissant et fameux USS Philadelphia est capturé, avant d’être brûlé par les américains au cour d’une mission clandestine de peur qu’il reste en mains ennemies. Tripoli est alors bombardée en représailles avant d’être occupée, les tripolitains contraints d’accepter la trêve. Une paix qui ne dure pas, puisque dès 1227H (1812), les vaisseaux américains sont à nouveau attaqués, faisant naître en 1230H (1815) une 2nd guerre barbaresque. Alger en ligne de mire, de violentes batailles navales éclatent. Les américains prenant à nouveau le dessus, ils poussent le Dey d’Alger à accepter la trêve. Les américains reprennent leurs captifs, obtiennent quelques paiements et repartent. Les États-Unis viennent par ce biais d’entrer dans la cour des grandes puissances militaires mondiales.

Affaiblies, les regences musulmanes perdent alors du terrain en mer, Alger est d’ailleurs conquise quelques années après par la France, Tunis suivant plus tard. Américains et européens prennent aussi subitement l’avantage technique avec la construction de cuirassés remplaçant peu à peu les vaisseaux faits de bois. C’est alors, au 19ème siècle grégorien, le long règne des « barbaresques » qui s’achève.

Renaud K.

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