Après le départ d’Abderahman abu Faycal en 1308 de l’hégire (1891) et la fin du second émirat saoudien, c’est tout un monde de savants et d’adeptes de la pensée  »wahhabite » qui s’en était allé à l’étranger. Ce sont les al Rachid dominent alors le Nejd. Abdelaziz, jeune fils d’Abderahman, ne l’entendant pas de cette oreille part alors avec quelques hommes en armes, et réussit le pari de reprendre Ryadh. Pari réussi : la ville redevient bastion des Saoud en 1320H (1902). De nombreux savants reviennent alors de leur exil, dont l’illustre Sa’d ibn Hammad ibn Atiq.

Peu à peu, l’ensemble des oasis et villes de la région retombent sous leur autorité, les forces d’al Rachid comme celles des Turcs accumulant les défaites. La situation était tantôt ambiguë puisque certains parmi les al Rachid professaient une même vision de l’islam que leurs opposants. Les savants du Nejd, indéfectiblement liés aux Saoud, peinaient néanmoins à leur trouver d’excuses valables en ces temps. Selon un strict respect du concept de l’alliance et du désaveu, les fidèles d’al Rachid devaient se rallier à la cause saoudienne tout en se déliant d’avec les ottomans pensés comme apostats. Suleyman ibn Sahman, haut dignitaire de Ryadh déclarait en effet aux sujet de ces derniers, en pleine réforme et rapprochement idéologique d’avec l’Occident, qu’ils étaient  »les plus infidèles des gens sur la Terre »(1)…

Face à ça, le chérif de La Mecque va tenter le tout pour le tout et faire kidnapper le frère de l’émir saoudien. Il fallait reconnaître l’autorité ottomane et lui verser un tribut. Mais une simple démonstration de force des Saoud suffit à le libérer. Aussi, en 1329H (1911), l’émirat cherche à se doter d’une faction militaire plus performante encore. Est décidé alors de former une toute nouvelle génération à cela en se tournant vers les bédouins jusque là tenus éloignés. La tâche est confiée aux savants du Nejd de veiller à ce qu’ils se conforment à la pure tradition  »hanbalo-wahhabite ». Eleveurs et travailleurs de la terre, ils deviendront étudiants et guerriers. En 1331H (1913), les apprentis prêts, ils entament leurs premières attaques avec succès. Leur nom : les Ikhwans. Les Turcs prennent alors la mesure de qui s’y passe, et après quelques escarmouches décident finalement de reconnaître l’émirat saoudien. Abdelaziz est même fait préfet du Nejd.

La 1ère guerre mondiale éclate. Approchés par les anglais, ennemis des Turcs, les Saoud décident de diplomatiquement se ranger de leur côté. Les Ottomans sautent sur l’occasion pour prouver au monde musulman toute la supercherie que serait leur entreprise. S’en prenant au Hedjaz, les Saoud tombent alors des nus : les anglais ont aussi pris pour allier le chérif de La Mecque Hussain ibn Ali. Lui aussi décidé à se révolter contre les Ottomans, les plans de l’émir Abdelaziz s’en trouvent complètement bouleversés. C’est à ce moment que le fameux Lawrence d’Arabie fait son apparition. Ce dernier s’associant à l’hachémite chérif de La Mecque autoproclamé  »roi des Arabes », tout est fait de ce côté pour contrecarrer, secrètement, les plans des Saoud. Se rabattant contre les al Rachid, là aussi les Saoud se trouvent bloqués : venant de signer un traité de paix avec le chérif de La Mecque, attaquer les al Rachid revenait ainsi à s’en prendre à ce dernier, et donc, aux anglais.

Mais les anglais ne pouvaient tout contrôler, des combats avaient tout de même lieu. C’est ainsi que l’émirat concurrent de Shammar, gouverné par les al Rachid s’éteindra sous les lames des ikhwans en 1339H (1921). Abdelaziz est fait sultan du Nejd. Les Ottomans affaiblit au sortir de la guerre mondiale voient leur empire se morceler sous leurs yeux par les vainqueurs. Français et britanniques finissent par la même occasion par reconnaître officiellement le dit sultanat. Voyant l’émir saoudien apparemment se plier aux exigences anglaises, les ikhwans en viennent alors à douter de la légitimité de celui-ci. Ils décident alors de mener eux-mêmes des expéditions, parfois même en les nouveaux territoires dessinés par les accords de Sykes et Picot. L’émir Abdelaziz tente de les contenir, ceci en leur donnant l’occasion de s’en prendre à la ville de Ta’if : le chérif s’étant fait calife après l’abolition du califat ottoman par Attaturk, il avait alors décidé d’interdire l’entrée des nedjites au pélerinage de La Mecque. Les ikhwans s’y présenteront sans rencontrer de résistance. Le chérif-calife est déchu, le Hedjaz devient par là aussi terre des Saoud.

Mais les multiples accords signés entre Abdelaziz et les forces étrangères irritent de plus en plus les ikhwans. Après 1346H (1928), la sédition s’affirme et les premiers combats s’engagent entre ikhwans et forces saoudiennes. Abdelaziz, conseillé par les savants lui étant proche, tentera bien des pourparlers, mais rien n’y fait. L’un des plus grands doctes du Nejd de l’époque, Abd Allah al Anqary ira même les sermonner rappelant toute l’importance qu’il y avait à s’unir autour d’un chef commun, et de respecter règles et contexte dans l’appel au Jihad. Mais l’appel n’est que peu entendu, les combats reprenant très vite. Aidé par l’artillerie lourde fournit par les anglais, l’émir Abdelaziz les fait peu à peu plier, jusqu’à en arrêter les principaux chefs. Sous les appels répétés des savants du Nejd acquis à la cause de l’émir, le reste des ikhwans finit par abdiquer et à la surprise de tous, intégrer l’armée officielle. Plus aucune contestation ne se profile.

En septembre 1932 (1351H), Abdelaziz fait un pas supplémentaire et prend le titre de roi. Le 3ème émirat tire sa révérence, l’Arabie toute entière se fait saoudienne le 23 de ce mois. Le royaume d’Arabie saoudite était née.

Renaud K.

(1) Diwan ibn Sahman, p.191

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