Le 1er émirat saoudien écrasé dans le sang en 1233 de l’hégire (1818), l’administration égyptienne sous contrôle ottoman laissa quelques garnisons militaires un peu partout dans le Nejd, vaste région de l’est de l’Arabie. Mais très vite, les violences reprirent, observées de loin par des troupes turco-ottomanes trop occupées à razzier les populations et réduire à néant les vestiges du dit  »wahhabisme ». Moins de 2 ans après l’exécution de l’émir Abdallah ibn Saoud, un certain Mishari, son plus jeune frère, fait alors son apparition et tente une révolte, cherchant à s’établir à Ryadh. Mais la révolte échoue, Mishary est fait prisonnier.

Le succès n’est rencontré qu’en 1239H (1824) lorsque Turki ibn Abdallah, petit fils de l’émir tué 6 ans plus tôt arrive enfin à bouter les égyptiens hors de Ryadh. De tout le Nejd comme du Qatar ou du Bahreïn arrive ou revienne bien des partisans de la prédication du défunt Muhammad ibn Abdel Wahhab. La reconquête des territoires à l’époque gagnés sous le 1er émirat démarre et en moins de 10 ans, c’est tout le littoral longeant le Golfe persique qui se soumet à l’autorité de Turki. Un second émirat est né. Mais peut-être par davantage de pragmatisme, le nouvel émir continue de reconnaître le calife ottoman, lui payant même un tribu, se gardant ainsi de tenter une approche hors du Nejd. En même temps, la famille Saoud est traversée par de nombreuses luttes interne. Les égyptiens vont alors en profiter pour mandater un cousin éloigné et ambitieux parmi les Saoud afin de reprendre Ryadh aux mains des  »wahhabites ». L’émir Turki est alors assassiné, Ryadh est pénétrée par les vainqueurs, mais son fils, Faycal, ne tarde pas à leur reprendre la ville. Les égyptiens reviennent à la charge, avec encore un Saoud, et non des moindres puisque là il s’agit de Khalid, l’un des fils du 1er émir qui avait été à l’époque fait captif au Caire. Nous sommes en 1252H (1836), les égyptiens réinvestissent le Nejd et font Faycal prisonnier.

Sand dunes in the Arabian Desert, U.A.E.

Mais l’Egypte a à faire ailleurs : elle est entrée en guerre contre l’Angleterre. Khalid se retrouve sans appui et fini par s’enfuir. Peu après, en 1259H (1843), Faycal s’échappant du Caire parvient à regagner sa terre natale et ses hommes, les armes sont levées, l’ordre est repris, et voilà le 2nd émirat brillant à nouveau de ses milles feux. 20 ans durant, le Nejd redevint la province rêvée des  »wahhabites ». C’est l’époque de Hammad ibn Atiq ou encore d’Abdellatif ibn Abdarahman al Cheikh, éminents savants acquis à la cause de l’imam ibn Abdel Wahhab, et défenseurs d’un hanbalisme le plus strict. La shari’a était alors rigoureusement observée, au point où selon ces théologiens, il n’y avait d’autres endroits sur terre que l’on pouvait nominativement considérer comme  »musulman » en dehors de leur Nejd. Un témoignage de cette Arabie nous est d’ailleurs dans les détails offert dans les écrits de l’anglais William Gifford Palgrave. Espion à la solde de Napoléon III, rencontrant même l’émir, il rapportera en « Une année dans l’Arabie centrale » tout le zèle religieux de ces hommes pas moins raffinés et intéressants. Mais les rivalités reprirent de plus belle une fois Faycal rendant la vie en 1282H (1865). Ses fils se firent aussitôt la guerre, l’un d’eux, Saoud de son prénom refusant de faire allégeance au prétendant Abdallah. Ce dernier finira par devoir déserter son trône, Saoud devenant le nouvel émir quelques années plus tard.

Les forces ottomanes avaient alors depuis profité de la situation pour s’investir d’autant plus dans le Nejd. Les savants locaux et  »wahhabites » rivalisaient de traités et fatwas contre eux et tous ceux s’alliant avec. La présence des ottomans va alors un temps freiner les querelles intestines et inciter les habitants du Nejd à se léguer contre ces derniers, Abdallah réussissant à reprendre le pouvoir en 1293H (1876). Mais comme à n’en plus finir, Abdallah sera à nouveau évincer de son poste 8 ans plus tard, de par la main des fils de son frère Saoud. Abdallah doit alors s’allier à Muhammad ibn Abdallah al Rachid, émir de Shammar, l’autre émirat du Nejd né quelques années plus tôt. Ce dernier est à cette époque devenu l’homme puissant de la région, faisant d’ailleurs bien de l’ombre à la famille des Saoud. Sans surprise, il reprendra en peu de temps Ryadh à ces derniers, plaçant les Saoud restant sous tutelle, dont Abdallah. Ceux-ci tenteront bien quelques révoltes mais l’émirat des Saoud se meurt, lentement et sûrement… Il rend alors sans trop de sursauts l’âme en 1308H (1891).

Rendez-vous pour la suite et dernière partie, si Allah nous le permet, la semaine prochaine.

Renaud K.

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