Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite fête ses 85 ans. On en dit et sait des choses, mais si son actualité nous est familière, on connaît néanmoins moins souvent les étapes ayant amorcé la naissance du royaume. Des étapes qui peuvent être résumées au nombre de 3. En voici un concis résumé de la 1ère.

L’épopée démarre en 1158 de l’hégire (1745). Avant cette date, l’Arabie, en dehors des 2 lieux saints, est comme laissée à l’abandon. Si au travers de quelques incursions militaires, quelques califes tentèrent d’y ramener de l’ordre ; depuis l’ère des Ommeyades, personne n’y vient vraiment ou n’en sort. C’est de cet amoncellement de tribus dé-coalisées que va ainsi sortir au milieu du 18ème siècle grégorien celui qui entamera la marche que l’on connaît aujourd’hui : Muhammed ibn Saoud.

Membre d’une tribu déjà politiquement ancrée au Nejd, il va en quelques années réussir à réunir sous sa juridiction tout un territoire dont Diriyah devient la capitale. Mais il n’est pas seul. L’un des imams d’alors les plus connus et décriés, Muhammad ibn Abdel Wahhab, l’accompagne, profitant de la main qui lui est tendue pour étendre sa prédication. La suite, nous la connaissons, du moins nous en connaissons les diverses variantes. Les uns y voyant l’alliance diabolique de deux fanatiques sortis contre l’empire Ottoman ; les autres l’événement réintroduisant la parfaite unicité divine là où elle ne fut plus.

Quoiqu’il en soit, c’est à ce moment qu’un 1er essai de réunification du territoire sous l’égide des Saoud démarre. Au gré de combats et échanges, l’émirat se construit doucement en une puissance régionale certaine. La prédication de l’imam ibn Abdel Wahhab bat son plein, les traditions locales et croyances populaires s’en trouvant durablement touchées. De plus en plus d’imams répondent à l’appel quand d’autres déjà s’insurgent. Des débats naissent quant à la nature de son prêche. À Médine ou à La Mecque, on crie déjà au kharidjisme. Les villes arabes tombent une à une, ce plus particulièrement aux lendemains du décès de l’imam en 1206H (1792). S’assurant un pied-à-terre le long du Golfe Persique, ils en viennent à même disposer d’une flotte militaire. Tentant une approche au-dehors du Nejd, Médine est prise en 1805, incitant l’autorité califale et ottomane à sérieusement s’inquiéter. Imposant le statut de dhimmi aux chiites locaux, accusant ouvertement les autorités voisines de s’adonner au shirk, des missives sont envoyées par les Saoud aux cherifs, imams et juges voisins afin qu’ils délaissent ce que les nejdites considèrent comme autant d’hérésies.

Se taillant une réputation jusqu’en Europe, français et anglais s’en rapprochent, une alliance est espérée contre les Turcs. Des espions sont envoyés en leur sein, rapportant tout le rigorisme comme la réussite économique de cet émirat que personne n’avait vu venir. Mais l’espoir affiché par l’émir d’alors, Abdallah ibn Saoud, de s’en prendre aussi à l’Irak, le faisant se rapprocher du cœur ottoman, amène le calife à décider de militairement frapper fort et une bonne fois pour toute. L’Égypte de Mehmet Ali, qui sort d’un conflit armé avec les français menés par Napoléon est chargée de mener le front. Des milliers d’hommes sont envoyés en Arabie.

S’ouvrent en 1226H (1811) sept années de guerre contre la « secte wahhabiya ». De trahisons en défaites, les Saoud résistent mais perdent du terrain comme des hommes. Le glas sonne alors en 1233H (1818). Encerclé, après la mort de la plupart de ses hommes au combat dont des membres de la fameuse famille des al Cheikh, l’émir Abdallah ibn Saoud capitule sans conditions. Certains sont, sous les ordres d’Ibrahim Pacha, exécutés sur place, d’autres, dont les femmes et enfants, envoyés en Égypte vendus comme esclaves. Les vainqueurs vont alors véritablement piller l’Arabie. Diriyah est elle réduite à l’état de ruines, et ses savants mis à mort. Quant à l’émir Saoud et deux des siens, il sont envoyés à Istanbul afin d’y être décapités. L’ambassadeur de Russie, témoin des faits racontera la chose ainsi : « (…) leurs corps ont été exposés avec leurs têtes sous leurs aisselles. Après 3 jours, ils les ont jetés à la mer. Et sa majesté a ordonné la célébration d’une prière spéciale pour remercier Allah de cette victoire (…) et pour l’extermination de la secte qui avait dévasté La Mecque et Médine (…) » (1)

Fin du l’émirat 1er. Mais une fin bien éphémère. À suivre…

Renaud K.

(1) Aïssam Aït Yahya, Textes et contexte du wahhabisme, NAWA Editions , 2015, p. 114

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