Il y a quelques jours, la fameuse bataille de Poitiers fêtait ses 1285 bougies. Un événement qui opposant des francs vainqueurs à des arabes vaincus, fit de Charles Martel l’homme qui sauva l’Europe des conquérants sarrasins. Oui mais non, enfin pas tout à fait…

La dite bataille n’avait déjà rien d’une grande. Les chroniqueurs arabes n’y verront, quand ils en parlent, qu’une rixe sans envergure. Les francs d’époque n’en parlent que peu, ne l’évoquant guère des siècles durant. Croisant bien quelques sarrasins près de Poitiers, ceux-ci perdant leur leader au combat et rebroussant chemin, il se sera plus fait remarqué pour ses pillages des communes voisines que par son ardeur au combat. « Tout se passe (…) comme si la bataille de Poitiers n’avait marqué que la fin (…) d’un de ces raids habituels aux cavaliers arabes, où l’on s’intéresse moins au terrain qu’au butin rapporté. » (1)

Charles ne repoussa aucunement les arabes de France. S’il stoppa un raid, aussi echoua-t-il à reprendre (à deux reprises) aux sarrasins Narbonne, alors fief de la Septimanie, province du califat ommeyade. Son fils, Pépin le Bref, réussira bien à les bouter après 40 ans de domination ; les musulmans reviendront à plusieurs reprises. Ceci aux mêmes endroits de 177H (793) à 226H (841), puis après à St Tropez et ses alentours (le Frexinet) qui 1 siècle durant (de 890 à 973) va passer sous domination arabe. On observe même quelques enturbanés le long du Rhône et dans les Alpes. « Le séjour des Arabes en France, plus de deux siècles après Charles Martel, nous prouve que la victoire de ce dernier n’eut en aucune façon l’importance que lui attribuent tous les historiens. » (2).

Charles ne fut pas l’espéré sauveur de la chrétienté. « Il respectait peu les biens et les prérogatives des évêques » (3) dira-t-on de lui. C’est peu dire. On l’accuse même d’avoir spolier les biens de l’Eglise . En chaque ville prise, il prenait en effet l’habitude de confier les biens ecclésiastiques à ses officiers puis d’arrêter les religieux accusés d’avoir été trop proches des sarrasins. Occupé à agrandir son royaume, il ne dédaignera même pas répondre aux appels à l’aide du pape Grégoire III se faisant envahir en ses États par les lombards… Ne voyait il aucun inconvénient non plus à l’alliance que conclut le duc Eudes d’Aquitaine, qu’il était venu défendre, avec le chef musulman Othman Abu Naissa. Ce dernier avait même reçu en mariage sa fille (plus tard capturée par l’émir andalou et réduite en esclave au harem du Calife à Damas…) « Ce bâtard né d’une servante n’était audacieux qu’à faire le mal envers les Églises du Christ. » (4) dira plus tard un religieux franc. En fait, l’Eglise l’a haït au moins jusqu’aux croisades, moment où le mythe martel démarra.

Charles ne fut pas un libérateur. « Jamais les Francs n’ont eu de considération pour les habitants du sud de la Gaule. L’homme « gallo-romain » (…) le citoyen de Toulouse, trop raffiné aux yeux du Franc fruste et inculte, était traité d’homunculus. » (5). C’est ainsi que les sièges de Charles finirent souvent en massacres. L’historien de la ville de Beziers, Ernest Sabatier, raconte : « Les Franks pillent (…) les lieux où ils portent leurs pas ; ils désarment la population chrétienne, qui (…) voyait en eux des Barbares (…) voulant empêcher les Sarrasins de prendre (…) position solide, ils rasent les fortifications de Béziers, d’Agde et d’autres cités (…). Agde et Béziers sont même livrées aux flammes (…) les châteaux sont démolis (…) les soldats de Charles-Martel emmènent (…) un grand nombre de (…) sarrasins, plusieurs otages choisis parmi les chrétiens (…). » (6). Des dévastations plus tard mises sur le compte des sarrasins… Selon Marc Ferro, une tradition occitane tend même à « regretter que les Arabes, hautement civilisés, aient dû laisser leur place à des Germains qui n’étaient alors encore que des sauvages ! »(7).

Ainsi, si le grand père de Charlemagne bouta bien des musulmans près de Poitiers ; autant l’impact de sa victoire fut démesurément exagéré, autant semble-t-on se fourvoyer quant à sa personne et ses motivations. N’était-il d’ailleurs pas intervenu en 1er lieu dans l’idée d’étendre son territoire ? « Le seul résultat appréciable de sa victoire fut de rendre les Arabes moins aventureux dans leurs razzias (…) ; résultat utile (…) mais insuffisant (…) à justifier l’importance attribuée à la victoire du guerrier franc. » (8).

Renaud K.

(1) Emmanuel Berl, « Les impostures de l’histoire », pp. 66-69
(2) Gustave Lebon, La Civilisation des Arabes, 1884, éd. La Fontaine au Roy, Livre 3, chapitre 7, p. 236
(3) Emmanuel Berl, « Les impostures de l’histoire », pp. 66-69
(4)http://m.leplus.nouvelobs.com/…/1373068-la-veritable-histoi…
(5) op. cit.
(6)http://m.slate.fr/story/110929/robert-menard-charles-martel
(7) Marc Ferro, Des grandes invasions à l’an mille, éd. Plon, 2007, p. 91-92
(8) Gustave Le Bon, La Civilisation des Arabes, 1884, éd. La Fontaine au Roy, Livre 3, chapitre 7, p. 236

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