Avec le décès politique de nos plus illustres voilophobes (Valls, Fillon & co), il en va sans dire que les débats et polémiques sur le voile se font depuis rares. On serait presque tentés par croire que c’est tout un monde qui est subitement passé à autre chose. Conséquence de l’overdose médiatique de ces dernières années ? Possible. Néanmoins, ne vendons pas la charrue avant les bœufs. Etre « ostensiblement » musulmane en terre laïque n’est toujours pas une mince affaire.

Les normes sociétales prennant dans ce cas concrètement le pas sur la loi (encore assez permissive), l’idée est souvent de chercher à reléguer la musulmane voilée aux confins les plus lointains de la société. On ne veut pas la voir, ne pas avoir à faire à elle, et surtout ne pas être contraint de la côtoyer en ses écoles et lieux de travail. On invoque alors des principes flous, des règles auxquelles, bien que gravées dans aucun marbre, on devrait toutes et tous se plier. Ici c’est comme ça ! Leur hurle-t-on au moindre rappel à la loi, ou à la raison. L’espace public ne leur suffit-elles donc pas ?!

Mais, si en ce qui semble être au 1er abord un mal évident ne résidait pas une sagesse certaine ? Car éprouvante pour bien des concernées, cette mise au banc pose inévitablement ces mesdames face à une certaine réalité : comment réussir (scolairement et professionnellement) et se faire sa place dans une société ne me voulant pas ? Ainsi, les études et travaux menés par ceux s’étant intéressé au phénomène mettent bien un fait en avant : l’envie d’entreprendre ou d’exceller dans les études semble ne faire de leur côté qu’aller en croissant. Symptomatique chez celles et ceux victimes du syndrome de la porte qui se ferme, la tendance est d’aller généralement chercher clés à d’autres serrures. Et à observer le nombres d’initiatives émergeant du côté de ces musulmanes, la tendance semble bien s’installer.

Les universités comptent, on le voit, de plus en plus de jeunes femmes portant du plus simple voile au jilbab le plus ample. Atteindre le doctorat est parfois rude, faute de trouver un professeur ouvert à la religiosité, et pour sûr que pour beaucoup, aucun emploi ne leur sera offert à la sortie ; et pourtant, qu’elles sont nombreuses à tenter l’aventure ! Aussi, las de pointer la peur au ventre à des entretiens d’embauche et d’essuyer le regard laïquement décontenancé de quelques recruteurs ; las d’avoir à côtoyer un univers professionnel hostile ; elles sont de plus en plus nombreuses à tenter l’entreprenariat. D’autres vont jusqu’à monter de véritables structures créatrices d’emplois. Dans l’enseignement, le textile, l’associatif, l’agro-alimentaire, l’artisanat ; nombreux sont les domaines en lesquels la jeunesse musulmane féminine et visible s’est depuis quelques années lancée. Et parfois avec beaucoup de succès ! Ou comment retourner une situation défavorable en sa faveur et en sortir plus grand.

Si comme ailleurs, les concernées ne sont pas à l’abri aussi de certains excès carriéristes déplorables ; il reste que la dextérité, l’audace et l’énergie de bien de nos consœurs en la matière est tout bonnement impressionnant. Ils – ces croisés du hijab – les pensaient incapables, sottes et bonnes qu’à rester cloîtrées en leurs cuisines, demain peut-être seront-elles de celles signant leurs chèques et contrats. Incha Allah… Tout n’est que cycles !

Renaud K.

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