Selon le journal Libération, les musulmans feraient œuvre d’un stupéfiant silence quant à l’affaire ciblant Tariq Ramadan. Assertion aussi idiote que mensongère tant bien des fidèles et même de « représentants » de l’islam ne parlent que de ça ; se plaçant tant d’un côté que de l’autre, parfois au centre ou encore en retrait. Mais assertion moins étonnante quand on observe le comment du traitement du fait musulman dans le temps et au travers de la plume de cette sourde race de rapporteurs faussement nommés journalistes.

Observons déjà comment sont depuis fermées bien des oreilles quand des « rangs musulmans » d’ici et d’ailleurs on hurle à se désolidariser de l’EI. Manifestations, tribunes ouvertes, campagnes « not in my name », prêches filmés, communiqués et entrevues télévisuelles, tous les outils et moyens possibles semblent avoir été utilisés. Mais selon les faiseurs d’opinions et ceux qui prennent de leur soupe sans broncher, les musulmans se seraient pourtant dès le première décapitation terrés dans un silence assourdissant. Idem à chaque attentat. Les associations cultuelles ont beau faire étalage de longues sérénades et montrer patte plus blanche que blanche, c’est comme si personne ne le relevait. Ne parlons même pas de ce musulman du quotidien qui n’a cesse de chercher à rassurer ses prochains à chaque lendemain difficile. Qui fait seulement attention à lui ?

Comme pour insinuer la duplicité des croyants en chaque affaire, il est ainsi régulièrement fait état d’un silence musulman. Un silence DES musulmans. Voyez-vous, ce n’est pas d’un ou de quelques musulmans dont il est question mais de vous tous, saugrenus cachotiers de terroristophiles que vous êtes. Essentialisé, le musulman est donc complice jusqu’à preuve du contraire. Et encore. Faut-il seulement que les preuves soient ici reçues. Curieusement, lorsqu’il s’agira de trouver la petite sortie fâcheuse en une conférence donnée en un jour parmi tant d’autres, là les oreilles se font celles du lynx ! Souvenons-nous. Le célèbre imam de Brest avait eu le malheur de diaboliser l’écoute de la musique en un cours donné, le président Hollande lui-même était allé jusqu’à se soucier de son cas. Il aura aussi suffit à Idriss Sihamedi de répondre sur un plateau télé que non, il ne serrait pas la main aux dames, pour voir l’ensemble de la presse s’emparer de « l’affaire ». L’oreille est donc bien sélective. Étonnant, ou pas. L’adage ne dit-il pas que nul n’est plus sourd que celui qui ne veut entendre ?

Ce qui serait plus étonnant serait bien d’observer cette même sélectivité dans l’écoute et essentialisation pour d’autres communautés. Les rapporteurs médiatiques auraient-ils seulement le toupet que d’insinuer le « silence des juifs » à chaque bombardement meurtrier sur Gaza, exécutions sommaire ou expropriation illégale de terres en Palestine ? Demande-t-on autant à tous les chrétiens de se désolidariser des actions de leurs quelques fanatiques meurtriers faisant tantôt la une ? À quand un « silence des bouddhistes » quant à ce qu’il se passe en Birmanie ? Certains parmi les croyants semblent ainsi avoir bien compris l’entourloupe. Briser ce qu’ils nomment le silence des musulmans serait aussi une autre façon de faire œuvre d’une désolidarisation qui n’aurait pas lieu d’être. Qui plus est pas entendue. Faisant leur l’assertion coranique stipulant que de ces incroyants ils ne trouveront, quoiqu’ils fassent, jamais satisfaction ; ont-ils fait effectivement le choix depuis longtemps que de parler peu et plutôt laisser parler les actes. Ceux-ci ne valent-ils parfois pas milles mots ?

Renaud K.

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